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                    <text>L’Union générale des Israélites de France (U.G.I.F.) pour laquelle Hélène travaille comme assistante sociale.

Extrait 1
6 juillet [1942]  
Nous sommes allées Denise, Nicole et moi rue de Téhéran nous faire inscrire à ce patronage. Nous
avions tous le fou rire, mais c’était je crois une espèce de exhilarition, d’exaltation. M. Katz nous a dit :
« Vous n’avez rien à faire ici ! Si j’ai un conseil à vous donner, partez. » A quoi j’ai répondu, avant même
qu’il ait fin : « Nous ne voulons pas partir. » Il a dit alors : « En ce cas, il faut absolument vous occuper. »
Nous sommes munies d’un certificat assez déplaisant. Nicole ne cesse de rager, disant que c’est une
concession aux Allemands. Je considère cela comme le prix à payer pour rester ici. C’est un sacrifice, car je
déteste tous ces mouvements plus ou moins sionistes, qui font le jeu des Allemands sans s’en douter : et, de
plus, cela va nous prendre beaucoup de temps. La vie est devenue bien étrange. »
(Berr, 2007, p.100) 
Extrait 2
Jeudi 23 juillet [1942]
J’ai travaillé de deux heures à cinq heures trente hier, et de neuf à douze heures ce matin, rue de la
Bienfaisance. De la paperasserie. Mais je suis presque heureuse de me plonger dans cette atroce réalité. Hier
soir, en arrivant chez Nicole, et en racontant ce que j’avais entendu, j’étais flop ; on parle de déportation
comme d’une chose banale là-bas. D’après ce que j’ai cru comprendre, il y a à Drancy des femmes et des
enfants. Tous les jours il en part, déportés. Le vél d’Hiv a été vidé et tout le monde envoyé à Beaune-laRolande.
Ces femmes qui travaillent là sont admirables. Mme Horwilleur, Mme Katz et les autres. Elles sont
éreintées, mais elles tiennent bon. Toute la journée, c’est un défilé ininterrompu de femmes qui ont perdu
leurs enfants, d’hommes qui ont perdu leurs femmes, d’enfants qui ont perdu leurs parents, de personnes
qui viennent demander des nouvelles d’enfants et de femmes, d’autres qui viennent proposer d’en recueillir,
Des femmes pleurent. Une s’est évanouie hier. Je ne vois pas tout cela parce que je suis dans la salle à côté.
Mais j’en saisis des bribes.
Hier soir, il est arrivé un train entier d’enfants de Bordeaux et de Belfort ; des trains, comme des
colonies de vacances, mais c’est horrible.
Il y a à Drancy des femmes en chemise de nuit.
Une petite fille est venue me dire que l’on avait emmené son père et sa mère, elle n’avait plus
personne.
A côté de moi, Françoise Bernheim téléphone tout le temps à des hôpitaux prendre des nouvelles
d’enfants dont les parents et les frères et sœurs ont été arrêtés.
En sortant de la rue de la Bienfaisance, je suis allée voir Mme Baur, elle est charmante et pleine de
jeunesse.
Vendredi 24 juillet [1942]
Matin : rue de la Bienfaisance. Beaucoup travaillé, avec Françoise Bernheim. Trié les objets que
renvoyaient ces malheureux, bagues, clefs, ciseaux ; il y avait même des ciseaux de tailleur – tailleurs : peutêtre un qui était parti croyant qu’on le ferait travailler dans sa spécialité. Au milieu de tous ces paquets plus
ou moins mal faits se trouvait une petite boîte blanche très nette ; je ne sais pourquoi, j’ai eu l’intuition que
c’était Papa. En effet, c’était son lorgnon qu’il renvoyait pour le faire réparer. »
(Berr, 2007, pp.116-118)

�Extrait 3
Vendredi 21 août [1942]
Rue de la Bienfaisance. J’ai aidé Suzanne à recevoir les gens.. C’est lamentable, presque tous se
sont fait prendre à la ligne. Cela, c’est la déportation immédiate. Quelle somme de souffrances pour
chacune de ces personnes. Et lorsqu’on déballait les paquets renvoyés, et qu’ils voyaient les bagues, ou les
montres de leur mère ou de leur père, c’était déchirant.
Tous les enfants de Beaune ont été ramenés à Drancy pour être probablement déportés. Ils jouent
dans la cour, répugnants, couverts de plaies et de poux. Pauvres petits. (…)
Dimanche 23 août [1942]
Sortie, La Varenne…
La sortie était ratée. Il n’y a pas eu moyen de faire obéir les gosses.
Après le déjeuner, je leur ai raconté Rikki-Tikki-Tavi. Il y avait un petit cercle. Mes préférés.
Herbert écoutait aussi. J’étais très nervous au début. Mais, à la fin, j’ai été très heureuse parce qu’un des
petits, les yeux encore tout vagues, répétait machinalement : « Encore une, madame, encore une ! »
(Berr, 2007, pp.129-130)
Extrait 4
Dimanche 20 septembre [1942]
Jamais, jusqu’à présent, je n’avais eu de pressentiments. Toute la semaine, ils ont plané vaguement
sur moi. Hier, j’ai su pourquoi. Hier matin, à la rue de la Bienfaisance, l’atmosphère était agitée. Il y avait
beaucoup à faire. Je devais partir à onze heures et demie pour aller chercher la lettre avenue de la R.
Lorsque j’ai parlé du pneu de Papa, toutes ont dit : « Oui, nous savons (qu’on commence à déporter les
Français de Drancy). » Il n’y avait que des messages demandant de toute urgence soit des certificats soit des
vêtements chauds. A midi moins le quart, j’étais encore là. M. Katz est arrivé. J’avais quelque chose à lui
demander, Il parlait avec sa femme. Il s’est retourné et m’a dit : « Prévenez tous les gens qui ont les leurs à
Pithiviers d’apporter jusqu’à dix heures demain matin vêtements chauds, etc. » J’ai compris avec horreur,
cela voulait dire « déportation en masse de Pithiviers ».
Ce matin, en partant, le concierge m’avait annoncé qu’à la suite d’un « attentat », toute la
population serait punie et ne pourrait sortir aujourd’hui de trois heures à la nuit, cent seize otages ont été
fusillés, et il y aura « déportations massives ».
C’était donc cela. 
(Berr, 2007, pp.141-142)
Extrait 5
Samedi 3 octobre [1942]
Nicole et moi avions chacune quatre enfants à promener dans Paris de neuf heures à onze heures.
Mon trajet était Palais-Royal-rue Claude-Bernard. Je leur ai montré le Louvre sur toutes ses façades. Je
m’enthousiasmais moi-même. Du pont des Arts, j’ai regardé le soleil percer la brume grise, comme une
promesse de joie.  »
(Berr, 2007, p.151)
Extrait 6
Mardi 12 octobre [1943]
J’ai emmené cinq petits à Lamarck, les plus jolis et les plus gentils. Si les gens qui m’aident dans le
métro savaient ce que sont ces enfants, les petits dont les souvenirs de train se rapportent toujours au voyage
qui les a amenés ou ramenés du camps, qui vous montrent un gendarme dans la rue en disant : « C’est un
comme ça qui m’a ramené de Poitiers. » « Laissez venir à moi les petits enfants, a dit le Christ. 
(Berr, 2007, p.175) 

�Extrait 7
Le 30 juillet 1943, une rafle massive eut lieu au siège de l’UGIF dans laquelle les proches collaboratrices d’Hélène ont été
prises.
Samedi 13 novembre [1943]
Plusieurs fois le téléphone a sonné, une fois pour prévenir qu’il y avait une déportation pour lundi.
A ces moments-là, nous ne pouvions pas reparler, quelque chose m’empêchait de reprendre la conversation.
Et pourtant, c’était un devoir, ce n’était pas la peine de la1 faire penser à ces choses-là.
Elle a cherché dans son cahier, ce cahier qui était dans le tiroir de Mme Schwartz. Tout cela est
donc une tranche de vie morte, finie. Le bureau, Mme Schwartz, ses yeux gris toujours brillants de
tendresse quand elle me regardait avec un sourire indécis. Françoise qui riait, qui entrait et sortait avec un
papier à la main. Mme Robert Lévy, toujours grande et jolie et nette avec sa bonne humeur et son
optimisme, Mme Cahen qui « whinait » toujours au milieu de ses démêlés aves les coursier, Jacques
Goetschel qui entrait vérifier le fichier, Mme Horwilleur, déjà si énervée et accablée par les tristesses, tout
cela se réveille en moi, mais comme une chose qui n’a plus de voix, un dumb show, angoissant parce que les
voix ne résonnent plus, il n’y a que les images.
Pourtant, cette catastrophe-là n’était pas un châtiment, car nous ne faisions là qu’essayer de
soulager les malheurs des autres, Nous savions ce qui se passait ; chaque mesure nouvelle, chaque
déportation nous arrachait un morceau de souffrance de plus. On nous traitait de collaborateurs, parce que
ceux qui venaient là venaient de voir arrêter un membre de leur famille, et qu’il était naturel qu’ils eussent
cette réaction en nous voyant là. Office d’exploitation de la misère des autres. Oui, je comprends que les
autres aient pensé cela. Du dehors, cela avait un peu cet aspect. Aller travailler là tous les matins, comme à
un bureau, mais où les visiteurs étaient des personnes qui venaient savoir si un tel était arrêté ou déporté, où
les fiches et les lettres que l’on classait étaient le nom de femmes, d’enfants, de vieillards, d’hommes dont le
sort était si angoissant. Bureau ! cela avait quelque chose de sinistre.
Je me souviens même une ou deux fois, par la force de la routine qui me faisait prendre ce chemin
tous les matins à la même heure, d’avoir un moment considéré cette vie comme une « vie de bureau »,
comme une chose régulière, et ordinaire, m’être « réjouie » de retrouver mes amies. Mais si cette
impression était coupable (et qui ne l’aurait pas eue, puisque extérieurement, cette vie avait tout de la vie de
bureau), je jure que dès que j’avais mis le pied sur la première marche, elle s’évanouissait, que j’avais
pleinement conscience que la matière à laquelle j’allais toucher était de la souffrance humaine, que le savais
bien que ce n’était pas une vie de bureau ordinaire, que les autres avaient tort de nous en vouloir. Je
comprends très bien que l’aspect extérieur de toute cette administration ait excité le dégoût. Car la
première fois que j’étais allée rue de Téhéran, au moment de l’arrestation de Papa, je me souviens de
l’impression horrible que j’avais eue. Voir des hommes réunis dans un bureau, quand la matière sur laquelle
ils travaillaient était la souffrance infligée volontairement, rationnellement, par les Allemands à d’autres
hommes.
Pourquoi y suis-je entrée ? Pour pouvoir faire quelque chose, pour être tout près du malheur. Et au
service des Internés, nous faisions ce que nous pouvions. Ceux qui nous connaissaient bien, comprenaient, et
nous jugeaient avec justice.
Quant à ceux du dehors qui pensaient [que] nous nous étions mis là pour être protégés par cette
fameuse carte de légitimation, si j’avais jamais pu considérer la chose sous cet angle, j’aurais refusé d’y
entrer. Lorsque nous sommes entrés en juillet 42, juste après la rafle du 16, tous nos amis quittaient Paris
affolés. M. Katz avait dit à Maman que si nous tenions à rester, et Dieu sait si tous nous poussaient à partir, il
fallait que nous ayons une occupation, on parlait alors de ramasser les jeunes en chômage sans distinction
spéciale. Lorsqu’il nous avait donné nos cartes, c’était une chose en plus, à côté, il nous avait dit : « Si
quelqu’un de la Gestapo vous arrête dans la rue, vous leur montrerez cela. » Mais à ce moment la carte
n’avait pas pris la valeur qu’elle a eue après (et perdue maintenant). Nous n’y pensions guère. Nous ne
pensions qu’au sacrifice que cela serait pour nous d’entrer dans une association pareille. Depuis j’ai changé,

																																																								
1	Mme Crémieux	

�j’ai nettoyé beaucoup de choses en moi, au prix de pertes terribles. Ceux qui pensaient que nous étions là
pour nous protéger, la rafle du 30 juillet leur a donné un démenti flagrant.
D’ailleurs, personne mieux que nous ne connaissait l’instabilité et l’insécurité de notre position.
(Berr, 2007, pp.224-227)
Extrait 8
Mercredi 17 novembre [1943]
Je reviens de l’hôpital des Enfants-Malades où une surveillante m’avait convoquée à cause d’un
enfant. Une femme de cœur et d’intelligence voulait sauver Doudou ; je lui a expliqué qu’il n’y avait rien à
faire, qu’il était bloqué2 ; ai saisi ses hésitations vis-à-vis de L’UGIF, et cela m’a fait de la peine. Je la
comprends si bien ; et c’est si difficile d’expliquer aux autres ce que c’est. Officiellement, par son caractère
non clandestin, c’est une monstruosité. Mais d’abord, qui se serait occupé des internés et des familles sans
cela ? Et qui peut dire le bien que beaucoup de ses membres ont fait ? 
(Berr, 2007, p.230)
Extrait 9
Mercredi 22 décembre [1943]
Hier soir, Maman m’a dit que les André Baur3 avaient été déportés, avec leur quatre petits enfants.
Cela me hante. Ce n’est qu’une histoire de plus de ce genre. Mais on était si sûr qu’ils ne partiraient pas. Et
juste au moment de Noël quand je prépare des arbres de Noël, cette fête des enfants. C’est cela qui m’a
tellement fait de chagrin. 
(Berr, 2007, p.250) 

	

																																																								
2	Les enfants bloqués sont des enfants dont les parents ont été déportés et qui ont été confiés à l’UGIF par
les Allemands. Ces enfants ne peuvent être déplacés ou adoptés. La plupart finiront par être déportés.	
3	André Baur était le vice-président de l’UGIF pour la zone Nord. La famille Baur est déportée à Auschwitz
par le convoi n°63 du 17 décembre 1943. Aucun n’en revient.

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                    <text>Hélène Berr parle de la Gestapo de la rue des Saussaies.
31 janvier 1944
Françoise est venue hier me rapporter la réponse pour Danielle. Elle m’a raconté qu’un de leurs
amis qui travaillait en face de la Gestapo ici (place des Saussaies) avait été obligé de déménager, car il ne
pouvait plus supporter d’entendre des hurlements toute la journée. On enfonce des choses sous les ongles
aux inculpés pour les faire avouer, on les interroge pendant onze heures de suite, puis on les met « au
repos », sous la surveillance d’un énorme chien policier qui est prêt à vous sauter à la gorge si l’on fait mine
de sortir son mouchoir de sa poche. Que se passe-t-il dans les prisons ? Ceux-là aussi en auront à raconter.
(Berr, 2007, p269)

	

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                    <text>Extrait 1
Mardi 7 avril [1942]
4 heures
Je reviens... de chez la concierge de Paul Valéry. Je me suis enfin décidée à aller chercher mon
livre. Après le déjeuner, le soleil brillait ; il n'y avait pas de menace de giboulée. J'ai pris le 92 jusqu'à
l'Étoile. En descendant l'avenue Victor-Hugo, mes appréhensions ont commencé. Au coin de la rue de
Villejust, j'ai eu un moment de panique. Et tout de suite, la réaction: "Il faut que je prenne les
responsabilités de mes actes. There' s no one to blame but you [Tu ne peux t'en prendre qu'à toi même]." Et
toute ma confiance est revenue. Je me suis demandé comment j'avais pu avoir peur. La semaine dernière,
même jusqu'à ce moment, je trouvais cela tout naturel. C'est Maman qui m'a rendue intimidée en me
montrant qu'elle était très étonnée de mon audace. Autrement je trouvais cela tout simple. Toujours mon
état de demi-rêve. J'ai sonné au 40. Un fox-terrier s'est précipité sur moi en aboyant, la concierge l'a appelé.
Elle m'a demandé d'un air méfiant: "Qu'est-ce que c'est?" J'ai répondu de mon ton le plus naturel : "Est-ce
que M. Valéry n'a pas laissé un petit paquet pour moi?" (Tout de même, de loin, je m'étonnais de mon
aplomb, mais de très loin.) La concierge est rentrée dans sa loge : "A quel nom ? - Mademoiselle Berr." Elle
s'est dirigée vers la table. Je savais d'avance qu'il était là. Elle a fouillé, et m'a tendu mon paquet, dans le
même papier blanc. J'ai dit: "Merci beaucoup!" Très aimablement, elle a répondu : "A votre service." Et je
suis repartie, ayant juste eu le temps de voir que mon nom était inscrit d'une écriture très nette, à l'encre
noire, sur le paquet. Une fois de l'autre côté de la porte, je l'ai défait. Sur la page de garde, il y avait écrit de
la même écriture: "Exemplaire de mademoiselle Hélène Berr", et au-dessous : "Au réveil, si douce la
lumière, et si beau ce bleu vivant", Paul Valéry.
Et la joie m'a inondée, une joie qui venait confirmer ma confiance, qui s'harmonisait avec le joyeux
soleil et le ciel bleu tout lavé au-dessus des nuages ouatés. Je suis rentrée à pied, avec un petit sentiment de
triomphe à la pensée de ce que les parents diraient, et l'impression qu'au fond l'extraordinaire était le réel.
(Berr, 2007, pp.17-18)
Extrait 2
Lundi 8 juin [1942]
C’est le premier jour où je me sente réellement en vacances. Il fait un temps radieux, très frais
après l’orage d’hier. Les oiseaux pépient, un matin comme celui de Paul Valéry. Le premier jour aussi où je
vais porter l’étoile jaune. Ce sont les deux aspects de la vie actuelle : la fraîcheur, la beauté, la jeunesse de la
vie, incarnée par cette matinée limpide ; la barbarie et le mal représentés par cette étoile jaune. 
(Berr, 2007, p.55)

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                    <text>Extrait 1
Samedi 4 juillet [1942]
 Dannecker a ordonné l’évacuation de l’hôpital Rothschild. Tous les malades, les opérés d’hier, ont
été envoyés à Drancy. Dans quel état ? C’est atroce. 
(Berr, 2007, p.96)
Extrait 2
Vendredi 12 novembre [1943]
 Après le déjeuner, Mme Agache est arrivée comme une folle parce qu’elle venait d’apprendre que
la jeune Mme Bokanowski, mise à l’hôpital Rothschild avec ses deux bébés pendant que le mari était déporté
à Drancy, avait été ramenée à Drancy. Elle a demandé à Maman : « Comment, on déporte des enfants ? »
Elle était affolée.
Dire la douleur que j’ai ressentie en voyant qu’elle avait seulement compris maintenant, parce que
c’était quelqu’un qu’elle connaissait, c’est impossible. Maman lui a répondu, sans doute envahie par le
même flot passionné que moi « : « Depuis un an que nous vous le disons, vous ne vouliez pas le croire. »
Ne pas savoir, ne pas comprendre, même lorsqu’on sait, parce qu’une porte reste fermée en vous,
la porte qui, en s’ouvrant, laisse enfin réaliser la partie de ce qu’on savait simplement. C’est l’immense
drame de cette époque. Personne ne sait rien des gens qui souffrent. (…)
***
A l’hôpital, ils ont repris hier quarante-quatre malades, dont un tuberculeux au dernier degré, deux
femmes qui avaient des drains dans le ventre, une paralysée de la langue, une jeune femme sur point d’avoir
un enfant, et Mme Bokanowski.
Et pourquoi ? Pourquoi ces déportations ? Cela ne rime à rien. Faire travailler ceux-là ? Ils
mourront en route.
Dieu, Dieu, quelle monstruosité ! Comme tout est sombre ce soir, je ne vois pas d’issue. Je suis
ouverte à tous les récits d’horreurs, je recueille toutes les tristesses, mais je ne vois plus de solution, c’est
trop. 
(Berr, 2007, pp.219-221)
Extrait 3
Mercredi 24 janvier 1944
 Ce matin, en me levant, pneu de la grand-mère de Danielle. Je viens de courir toute la matinée
pour cela. Il faut que je note quelques faits, de ceux qu’il ne faudra jamais oublier. Mme W. m’a dit : on est
venu arrêter près de chez elle une vieille femme qui a une jambe coupée, dont la plaie ne se referme pas
parce qu’elle a du diabète. La première fois, l’inspecteur, voyant son état, l’a laissée. Le surlendemain, on
est revenu la chercher sur un brancard, pour l’interner à l’hôpital Rothschild.
Or l’hôpital Rothschild est archi-plein ; et comme les autres hôpitaux n’ont pas le droit d’accepter
les malades de notre espèce … Saint-Joseph a dû renvoyer ces jours-ci une femme paralytique qu’il
hébergeait, et les « juifs » n’ont pas droit à l’ambulance, pas plus qu’ils n’ont le droit de s’asseoir dans un
bureau allemand. Une vieille dame impotente convoquée ces jours-ci avec son infirmière à la

�Kommandantur a été accueillie par ces mots : « Vous (l’infirmière) asseyez-vous – la juive, restez debout ! »
(pendant deux heures).
A-t-on le droit de traiter des êtres humains comme des bêtes ? Voilà à quoi nous sommes parvenus
vingt siècles après la venue du Christ.
Même les maisons de santé privées maintenant doivent refuser les Juifs. Denise s’était inscrite rue
Narcisse-Diaz pour la naissance du bébé. Hier, la dame est venue lui rapporter (en pleurant) son argent. Que
faire ? Et qui sait toutes ces choses-là ? Il faut que je le raconte. Mais ceux qui ne l’auront pas vécu, même
mes amis, même les Léauté à qui je le raconterais, ne réaliseront pas. Ils nous plaindront nous, mais ils ne
réaliseront pas la portée de ce fait et ses conséquences. 
(Berr, 2007, pp.265-266)

	

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                    <text>Le retour des cendres de l’Aiglon aux Invalides par Pierre Audiat.
Dans l’ignorance où il était de ce qui se préparait, Paris accueillit avec incrédulité la nouvelle,
exacte pourtant, que sur un ordre secret du général La Laurencie, le 14 décembre à 7 heures du matin,
Marcel Déat avait été mis en état d’arrestation à son domicile, conduit à la Préfecture de Police, gardé
pendant quelques heures, puis remis en liberté. Il n’en crut pas non plus [ses oreilles, lorsqu’à 19 h. 45 et à
21 h. 40, Radio-Vichy transmit un message où une voix tremblotante et coléreuse disait : « Français, je viens
de prendre une décision que je juge conforme à l’intérêt du pays : M. Pierre Laval ne fait plus partie du
Gouvernement. » Que signifiait cette révolution de palais ?
Lorsqu’ils ouvrirent les journaux datés du 15 décembre, les Parisiens furent plus ébahis encore.
D’énormes manchettes annonçaient : « Le retour des cendres de l’Aiglon aux Invalides », et des comptes
rendus donnaient un aperçu de ce qui s’était passé pendant la nuit à Paris. Cette cérémonie germanoromantique avait eu peu de spectateurs. Le 14 décembre, à 23 heurs, un certain nombre de journalistes et de
« personnalités » bien en cour avaient été convoqués d’urgence à l’Ambassade d’Allemagne par Otto Abetz.
Celui-ci leur avait annoncé la grande nouvelle dont ils ne se doutaient nullement. Ils se mirent aussitôt en
route afin de se trouver à minuit sous le dôme des Invalides. La nuit était très noire, Paris aussi désert qu’une
steppe sibérienne ; un tapis glacé de neige fondante couvrait le sol. En arrivant place Vauban, on distinguait
vaguement dans la cour d’entrée des gardes mobiles en grande tenue ; plumets et gants blancs, déjà rangés
en vue de former la haie. Les portes de la chapelle étaient ouvertes, l’intérieur apparaissait, illuminé,
l’éclairage ayant été renforcé par des groupes mobiles montés sur camions. Grelottant dans leurs manteaux
serrés, se regardant presque tous en chiens de faïence, incertains qu’ils étaient des événements politiques, les
protagonistes de la collaboration attendirent pendant plus d’une heure, tandis que d’une immense coupe
suspendue sous le dôme l’encens déversait sur eux ses flots parfumés.
Ce fut seulement à 1 h. 20 que le cortège, parti de la gare de l’Est, atteignit les Invalides. Sur une
prolonge d’artillerie remorquée par un tracteur, un sarcophage de bronze traversa la place Vauban et
s’arrêta près de la grille. Une garde, composée uniquement de soldats allemands, l’escortait. Ceux-ci
déposèrent le sarcophage, qui fut repris par des gardes mobiles et porté par eux sur l’épaule. La neige
tombait. Les porteurs traversèrent lentement la cour, cependant qu’un roulement voilé de tambours se
faisait entendre ; ils contournèrent le tombeau, s’arrêtèrent devant l’autel de la chapelle où un catafalque
enveloppé d’un drapeau tricolore était dressé, et y déposèrent le cercueil. On célébra un bref service
religieux, velouté par le chant des orgues, puis, à 2 heures du matin, chacun rentra chez soi. Parmi les
invités les plus surpris de s’être vus côte à côte, on pouvait compter le général La Laurencie et Marcel Déat.
(Audiat, 1946, pp.86-87)

	

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                    <text>L’Institut allemand vu par Pierre Audiat.
L’évangile hitlérien fut propagé également à Paris par l’institut allemand. Celui-ci existait avant
l’occupation et était dirigé par le docteur Epting : son but officiel était alors d’entretenir les relations
culturelles franco-allemandes ; en fait, son rôle consistait à sonder l’opinion et à amorcer l’emprise du
troisième Reich sur la culture française. Lorsque la Wehrmacht fut à Paris, l’institut allemand ne changea
que d’emplacement. Il fut transféré rue Talleyrand, dans l’ancienne chancellerie de l’ambassade de Pologne,
conservant toujours à sa tête le docteur Epting. L’activité de l’Institut allemand se manifesta par de très
nombreuses conférences données, pour la plupart, à la Maison de la Chimie, rue Saint-Dominique. La
première fut celle du Dr Gross sur l’organisation sociale du Reich, le 25 octobre 1940 ; le lendemain le Dr
Funke parla de la poésie allemande, puis se succédèrent quantité d’orateurs, de spécialités très diverses ; les
arts, les sciences, la philosophie, l’économie politique, l’histoire étaient tour à tour abordés, de manière à
faire valoir le génie allemand dans tous les domaines. Le fameux professeur Grimm, dont la sympathie pour
la culture française ne semble pas avoir été feinte, fut l’un des animateurs de ces conférences. Elles étaient
données, très souvent, en langue française, ce qui attira à la Maison de la Chimie un assez grand nombre
d’auditeurs. Des cours de langue allemande fonctionnèrent aussi dans plusieurs centres sous le patronage de
l’Institut allemand ; ils étaient forts suivis.
(Audiat, 1946, pp. 53-54)

	

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                    <text>La Gestapo et ses pratiques par Pierre Audiat
Extrait 1
La Gestapo est beaucoup plus redoutable et beaucoup moins repérable [que la police militaire]. Sans
doute elle circule, ordinairement, dans des voitures de tourisme dont l’indicatif : POL., suivi d’un chiffre,
n’annonce rien de bon, mais telle auto, de marque française, portant un numéro minéralogique français, et
contenant en apparence de simples civils, peut fort bien être un véhicule de la Gestapo, allant saisir sa proie.
Aucun signe précis ne permet d’identifier sans erreur les membres de la Gestapo. Tantôt en uniforme et
tantôt en civil, selon les ordres reçus, fréquentant aussi bien les établissements réservés aux Allemands que
ceux qui sont ouverts aux Parisiens, parlant, en grand nombre, le français très correctement, quelques-uns
avec un accent dont on discerne mal l’origine, les agents de la gestapo acquièrent vite la réputation d’être
partout, d’espionner tout le monde et de surgir là où on ne les attendait sûrement pas. Malgré cette
renommée inquiétante, les Parisiens sont si légers et si bavards qu’ils mettront longtemps à apprendre qu’il
vaut mieux se tenir coi au café, à la poste, dans le métro, dans les files d’attente.
(Audiat, 1946, pp.33-34)

	
	
Extrait 2
Les interrogatoires qui, jusqu’en 1942, étaient seulement accompagnés des brutalités qu’il faut bien
qualifier de traditionnelles, se compliquent de tortures proprement dites. On peut estimer à une douzaine
les chambres de tortures qui, en 1943, fonctionnaient dans Paris ; les plus terribles sont celles des agences
parisiennes de la Gestapo, mais, rue des Saussaies, dans les locaux de la Sûreté générale, les policiers
allemands usent de supplices pour obtenir des aveux. Ils emploient, préalablement, les moutons, dont ne se
défient pas beaucoup de résistants qui ignorent, on le pense bien, les procédés de police, même les plus
élémentaires.
Pris dans une rafle ou dans une descente de police, des suspects, dont le cas semble grave aux
Allemands, sont conduits rue des Saussaies ; ils sont enfermés, à plusieurs, dans un local, en attendant d’être
interrogés, L’un d’eux se plaint et s’inquiète ; il laisse entendre, à mots couverts, qu’il appartient à la
Résistance, il demande à ses compagnons pourquoi ils sont là, ce qu’ils ont fait. Quelques-uns se laissent
aller à des confidences. Eux aussi ont des raisons de s’inquiéter …Peu de temps après, quand ils
comparaissent devant les policiers, ils aperçoivent le « mouton » qui vient de communiquer leurs aveux
involontaires ; toute chance d’échapper leur est enlevée.
Ceux qui ne sont pas tombés dans le piège, soit parce qu’ils l’ont éventé, soit parce qu’ils ne se
sentent pas coupables, subissent un interrogatoire tantôt insinuant, tantôt doucereux, tantôt menaçant.
Quand la Gestapo est persuadée que les dénégations sont mensongères, elle réalise ses menaces. Il y a,
comme au moyen âge, deux degrés dans la « question » : la question ordinaire et la question extraordinaire.
La baignoire figure parmi les épreuves du premier degré : le patient est immergé complètement dans une
baignoire remplie d’eau froide sous les regards ironiques ou sadiques des tourmenteurs ; on lui maintient la
tête sous l’eau jusqu’à suffocation, puis on lui laisse reprendre sa respiration et l’on recommence autant de
fois qu’il est nécessaire pour obtenir les aveux. Un médecin est là pour arrêter les immersions lorsqu’il voit
que la vie du supplicié est en danger. Le séjour au cachot après la douche glacée, la privation de nourriture et
de boisson pendant vingt-quatre heures et davantage ne sont également que des tortures simples.
Au degré supérieur viennent les violences : les gifles, les coups de poings et coups de pieds si
brutaux qu’ils provoquent des écrasements et des fractures ; la matraque ou le fouet maniés avec une telle
férocité qu’ils tombent finalement sur des êtres évanouis et parfois sur des cadavres. Des chambres de
torture s’échappent des hurlements que les voisins d’immeubles entendent, terrifiés. Plus haut dans cette
infernale échelle, les tortures raffinées qui semblent avoir été les inventions particulières de bourreaux,
jaloux de se distinguer ; pendaison par les pieds au-dessus d’un baquet rempli d’eau, afin que le supplicié se
contracte, jusqu’à la limite de ses forces ; écrasement systématique des doigts et des orteils, piqûres de
longues aiguilles dans les parties les plus sensibles du corps, application de fers rougis. Il semble même établi
que dans certains cas les tourmenteurs aient mis en œuvre des supplices fondés sur l’emploi de l’électricité :

�décharges électriques, plaques chauffantes obligeant les malheureux qui cherchent à éviter les brûlures à des
contorsions affreuses. Le grand responsable de ces atrocités barbares est le général von Oberg, chef suprême
des S.S. en France, qu’on surnommera, plus tard, le boucher de Paris.
(Audiat, 1946, pp207.209)

	

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                    <text>L’Ambassade allemande et Otto Abetz par Pierre Audiat.
Faisant pendant à Stülpnagel, sur l’autre rive de la Seine, pourrait-on dire, l’ambassadeur Otto
Abetz, somptueusement installé dans l’hôtel de l’ambassade allemande, rue de Lille. Expulsé de France en
juillet 1939, en raison de l’activité pro-nazie qu’il exerçait sous le couvert du comité France-Allemagne qu’il
avait fondé, Otto Abetz est en effet revenu à Paris, ainsi qu’il l’avait annoncé, en qualité d’ambassadeur. Il
est, ou plutôt il est censé être le dépositaire de la pensée profonde d’Hitler en ce qui concerne la France,
mais ses relations avec les maîtres du troisième Reich sont soumises à de nombreuses vicissitudes.
Sourdement ou bien ouvertement attaqué par l’état-major de la Wehrmacht ou des S.S., surveillé lui-même
par la Gestapo, il connaîtra des demi-disgrâces et d’apparents retours en faveur. Pendant des mois, au cours
de ces quatre années, il lui arrivera d’être retenu à Berlin, on murmure même (à tort semble-t-il)
« détenu ». Impossible de percer le mystère de ces querelles de palais ; l’Histoire elle-même risque de ne
jamais l’élucider.
Otto Abetz se flatte d’être Parisien, par affinités naturelles. Il est jeune, bel homme, galant et
fastueux. Il a, dans la société plus ou moins faisandée où il évolue, des camaraderies qui le servent et dont il
se sert. Il affecte un léger scepticisme à l’égard de la manière forte que préconisent, par moments, les
autorités militaires. Il affirme que les Français et Paris ne peuvent être conquis que par la séduction ; il
ajoute volontiers que c’est le vrai dessein du vainqueur et que les militaires n’en présentent qu’une
contrefaçon caricaturale. Effectivement, il sauvera de l’arrestation quelques Français d’importance, en les
faisant avertir à temps des intentions de la Gestapo. Rien ne prouve toutefois que ces sauvetages étaient
désintéressés ou qu’ils ne constituaient pas une pièce dans le jeu, compliqué, qu’il lui fallait jouer.
Aux côtés d’Abetz, l’assistant et peut-être l’espionnant, le ministre Schleier, à la silhouette
puissante, haut en couleurs et bien en chair, mais à l’esprit extrêmement délié. Il double l’ambassadeur
durant ses absences prolongées et fait partie du nouveau Tout Paris. A distance du ministre, le consul général
Quiring : il semble qu’il représente parfois l’ambassade dans les solennités où les autorités militaires ont
nettement le pas sur les diplomates.
(Audiat, 1946, pp31.32)

	

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                    <text>L’assassinat de Philippe Henriot, le 28 juin 1944, par Pierre Audiat.
Philippe Henriot, qui haranguait les travailleurs en Allemagne lors du débarquement, est rentré
précipitamment à Paris et s’est installé, rue de Solférino, au Ministère de l’Information et de la Propagande.
Il multiplie ses appels à la lâcheté, ses encouragements à la bassesse. Pour lui, cette rencontre sanglante * sur
notre sol ne nous concerne pas ; nous n’avons pas à nous en mêler. Les Français éclairés peuvent et même
doivent aider les Allemands à chasser les « envahisseurs » qui sont venus troubler notre quiétude, mais que
les autres, du moins, se gardent de bouger et de concourir à une prétendue libération ; ils risqueraient
inutilement leur peau …
Une impudence aussi grossière devait avoir sa juste récompense le 28 juin. Ce matin-là, à 6 heures,
des autos s’arrêtèrent devant le Ministère de l’Information ; plusieurs hommes, dont quelques-uns portaient
la tenue des miliciens, en descendirent ; en un clin d’œil ils se firent remettre les armes des agents de police
et des gardes mobiles qui montaient la faction devant l’immeuble, puis ils gravirent l’escalier et allèrent
frapper à la porte de la chambre où reposaient Philippe Henriot et sa femme. Sur l’annonce qu’il s’agissait
d’une communication urgente, celui-ci entrouvrit la porte ; il fut aussitôt abattu à coups de revolver. Les
meurtriers se retirèrent promptement et repartirent en automobile après avoir jeté les armes des gardiens
dans la Seine. L’exécution avait duré en tout moins de dix minutes. Avec une rapidité extraordinaire, la
nouvelle se répandit dans Paris. A 10 heures, il n’y avait personne qui ne la connût ; le sentiment général
était « que ce n’était pas volé ». On admirait l’audace et la sûreté avec laquelle l’opération avait été
conduite ; en plein Paris, à deux pas de l’ambassade allemande, au grand jour, un des plus actifs serviteurs de
l’occupant était frappé dans son propre fief, l’heure de la justice sonnait pour les traîtres. L’émotion fut
extrême dans le clan de la collaboration « : des articles « vengeurs » dénoncèrent les assassins infâmes qui
s’étaient couverts de l’uniforme des miliciens pour approcher leur victime ; une prime de deux millions fut
promise à ceux qui permettraient de découvrir les criminels ; les Parisiens furent invités à venir défiler
devant le cadavre du « grand militant de la Révolution nationale et européenne », mais très peu répondirent
à l’invitation. Enfin des obsèques solennelles avec exposition de catafalque et discours place de l’Hôtel-deVille rassemblèrent le troupeau inquiet des collaborateurs parisiens. L’affaire eut son épilogue le 15 juillet
suivant ; trahi par un dénonciateur professionnel, l’un des exécuteurs fut attiré dans un guet-apens à l’angle
du boulevard des Italiens et de la rue de Gramont, et tué par des miliciens. La presse annonça que tous les
assassins de Philippe Henriot avaient été pris et abattus ; les Parisiens restaient persuadés qu’il n’en était
rien ; ils doutèrent même de la véracité d’une information qui était – partiellement – exacte.
(Audiat, 1946, pp272-273)
*le débarquement allié

	

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                    <text>Fernand de Brinon à l’Hôtel Matignon par Pierre Audiat.
Si les deux préfectures parisiennes sont l’ombre de la Kommandantur, l’hôtel Matignon, sis 57,
rue de Varenne, où depuis peu d’années était installée la présidence du Conseil, est devenue une réplique,
effacée de l’ambassade allemande de la rue de Lille. Fernand de Brinon en a pris possession provisoirement
dès que son activité pro-nazie et son intimité avec Otto Abetz et Pierre Laval lui ont valu le titre de
« délégué permanent à Paris de la vice-présidence du Conseil ». A l’hôtel Matignon les satrapes allemands
sont chez eux ; parallèlement aux rapports officiels, existent en effet des relations amicales, voire de
camaraderies qu’entretiennent des fêtes intimes et volontiers crapuleuses. Aucune méfiance de part et
d’autre, semble-t-il, mais la doublure participe aux vicissitudes de l’ambassadeur et le crédit de Brinon subit
les éclipses de celui d’Abetz. Cependant les Parisiens ont le sentiment que la seule possibilité d’agir sur les
autorités nazies se trouve à l’hôtel Matignon. Le délégué permanent est donc assailli par les solliciteurs, les
uns en quête des privilèges ou des prébendes dont disposent les Allemands, les autres affolés par des
situations graves ou désespérées ; il est donc ainsi placé dans une situation excellente pour jauger les
hommes, mesurer les appétits, sonder les consciences, connaître les points faibles et les secrets des
suppliants, exercer éventuellement des pressions et des chantages ; quant aux faveurs et aux grâces qu’il
arrache réellement aux Allemands, elles sont très rares et très minces.
(Audiat, 1946, pp.36-37)
Les occasions où, pendant cette période, les Parisiens eurent l’impression, vague, d’une rémission,
ne s’élèvent guère qu’à trois, car on ne peut mettre la suppression de l’octroi de Paris, enfin réalisée le 31
juillet 1943, au nombre de leurs soulagements. Ils purent, si la vue du drapeau tricolore revigorait leur âme,
contempler les trois couleurs flottant sur l’hôtel Matignon et sur le Ministère de l’Intérieur, place
Beauveau, mais leur joie était gâtée par la pensée que l’occupant n’autorisait cette manifestation que lorsque
Pierre Laval, Fernand de Brinon, et plus tard Darnand, séjournaient personnellement à Paris. D’ailleurs, il
fallait regarder d’assez loin l’emblème national, car les passants et les curieux étaient maintenus à distance de
ces repaires.
(Audiat, 1946, p.240)

	

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