<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<itemContainer xmlns="http://omeka.org/schemas/omeka-xml/v5" xmlns:xsi="http://www.w3.org/2001/XMLSchema-instance" xsi:schemaLocation="http://omeka.org/schemas/omeka-xml/v5 http://omeka.org/schemas/omeka-xml/v5/omeka-xml-5-0.xsd" uri="https://pennds.org/melanieperon/items/browse?output=omeka-xml&amp;page=5&amp;sort_field=added" accessDate="2026-10-22T22:52:40+00:00">
  <miscellaneousContainer>
    <pagination>
      <pageNumber>5</pageNumber>
      <perPage>10</perPage>
      <totalResults>1033</totalResults>
    </pagination>
  </miscellaneousContainer>
  <item itemId="48" public="1" featured="1">
    <fileContainer>
      <file fileId="53">
        <src>https://pennds.org/melanieperon/files/original/24/48/Duras_[Gare_d_Orsay-Prisonniers].pdf</src>
        <authentication>87ee92644aa15713abdabe58b509790f</authentication>
        <elementSetContainer>
          <elementSet elementSetId="4">
            <name>PDF Text</name>
            <description/>
            <elementContainer>
              <element elementId="52">
                <name>Text</name>
                <description/>
                <elementTextContainer>
                  <elementText elementTextId="282">
                    <text>A la gare d’Orsay. Attente et arrivée des prisonniers de guerre.
Extrait 1
20 avril. (…)
Orsay. En dehors du centre, il y a des femmes de prisonniers de guerre coagulées en une masse
compacte. Des barrières blanches les séparent des prisonniers. Elles crient : « Avez-vous des nouvelles de
Untel ? » Quelquefois les soldats s’arrêtent, il y en a qui répondent. A sept heures du matin il y a déjà des
femmes. Il y en a qui restent jusqu’à trois heures du matin et qui reviennent le lendemain à sept heures. Mais
en pleine nuit, entre trois heures et sept heures, il y en a aussi qui restent. On leur interdit l’entré du centre.
Beaucoup de gens qui n’attendent personne viennent aussi à la gare d’Orsay pour voir le spectacle, l’arrivée
des prisonniers de la guerre et la façon aussi dont les femmes les attendent, et tout le reste, voir comment ça
se passe, ça ne se reproduira peut-être plus jamais. On distingue les spectateurs des autres au fait qu’ils ne
crient pas et qu’ils se tiennent un peu à l’écart des masses de femmes pour pouvoir voir à la fois l’arrivée de
prisonniers et l’accueil que leur font les femmes. Les prisonniers de guerre arrivent dans l’ordre. La nuit ils
arrivent dans des grands camions américains, il débouchent en pleine lumière. Les femmes hurlent, elles
claquent des mains. Les prisonniers s’arrêtent, éblouis, interloqués. Dans la journée, les femmes crient dès
qu’elles voient déboucher les camions du pont de Solférino. La nuit, elles crient dès qu’ils ralentissent, peu
avant le centre. Elles crient des noms de villes allemandes : « « Noyeswarda ? »*, « Kassel ? », ou des
numéros de stalag : « VII A ? », « Kommando du III A ? » Les prisonniers ont l’air étonné, ils arrivent tout
droit du Bourget et de l’Allemagne, quelquefois ils répondent, le plus souvent ils ne comprennent pas très
bien ce qu’on leur veut, ils sourient, ils se retournent sur les femmes françaises, ce sont les premières qu’ils
revoient.
*Je n’ai pas retrouvé ce lieu dans les index des atlas, je l’ai sans doute orthographié comme je l’ai
entendu.
(Duras, 1985, pp25-27)
Extrait 2
Vers trois heures une rumeur : « Les voilà . » Je quitte le circuit, je me poste à l’entrée d’un petit
couloir, face à la salle d’honneur. J’attends. Je sais que Robert L. n’y sera pas. D. est à côté de moi. Il est
chargé d’aller interroger les déportés pour savoir s’ils ont connu Robert L. Il est pâle. Il ne s’occupe pas de
moi. Il y a un grand brouhaha dans la salle d’honneur. Les femmes en uniforme s’affairent autour des
volontaires et les font s’asseoir par terre dans un pan coupé. La salle d’honneur est vide. Il y a un arrêt dans
l’arrivée des prisonniers de guerre. Des officiers de rapatriement circulent. Arrêt aussi du micro. J’entends :
« Le ministre. » Je reconnais Fresnay parmi les officiers. Je suis toujours à la même place à l’entrée du petit
couloir. Je regarde l’entrée. Je sais que Robert L. n’a aucune espèce de chance d’y être. Mais peut-être que
D. arrivera à savoir quelque chose. Ca ne va pas. Je tremble. J’ai froid. Je m’appuie contre la paroi. Tout à
coup une rumeur : « Les voilà ! » Dehors, les femmes n’ont pas crié. Elles n’ont pas applaudi. Tout à coup
débouchent du couloir d’entrée deux scouts qui portent un homme. L’homme les tient enlacés par le cou.
Les scouts le portent, les bras en croix sous les cuisses. L’homme est habillé en civil, il est rasé, il a l’air de
beaucoup souffrir. Il est d’une étrange couleur. Il doit pleurer. On ne peut pas dire qu’il est maigre, c’est
autre chose, il reste très peu de lui-même, si peu qu’on doute qu’il soit en vie. Pourtant non, il vit encore,
son visage se convulse dans une grimace effrayante, il vit. Il ne regarde rien, ni le ministre, ni la salle
d’honneur, ni les drapeaux, rien. Sa grimace, c’est peut-être qu’il rit. C’est le premier déporté de Weimar
qui entre dans le centre. Sans m’en rendre compte j’ai avancé, je me tiens au milieu de la salle d’honneur, le
dos au micro. Suivent deux autres scouts qui soutiennent un autre vieillard. Puis une douzaine d’autres
arrivent, ceux-là ont l’air en meilleur état que les premiers. Soutenus, ils marchent. On les fait asseoir sur

�des bancs de jardin qu’on a installés dans la salle. Le ministre va vers eux. Le second qui est entré, le
vieillard, il pleure. On ne peut pas savoir s’il est aussi vieux que ça, peut-être qu’il a vingt ans, on ne peut
pas savoir l’âge. Le ministre s’approche et se découvre, il va vers le vieillard, il lui tend la main, le vieillard
la prend. Il ne sait pas que c’est la main du ministre. Une femme en uniforme bleu le lui crie : « C’est le
ministre ! Il est venu vous recevoir ! » Le vieillard continue à pleurer, il n’a pas levé la tête. Tout à coup je
vois D. assis près du vieillard. J’ai très froid, je claque des dents. Quelqu’un s’approche de moi : « Ne restez
pas là, ce n’est pas utile, ça vous rend malade. » Je le connais, c’est un type du centre. Je reste. D. a
commencé à parler au vieillard. Je récapitule rapidement. Il y a une chance sur dix mille pour que ce
vieillard ait connu Robert L. On commence à dire dans Paris que les militaires ont des listes de survivants de
Buchenwald. A part le vieillard qui pleure et les rhumatisants, les autres ne paraissent pas en très mauvais
état. Le ministre est assis auprès d’eux, ainsi que des officiers supérieurs. D. parle longtemps au vieillard. Je
ne regarde que le visage de D. je trouve que ça traîne. Alors j’avance très lentement vers le banc, dans le
champ du regard de D. D. me voit, il me regarde et il fait de la tête le signe, « Non, il ne connaît pas. » Je
m’éloigne. Je suis très fatiguée, j’ai envie de m’étendre par terre. Maintenant les femmes en uniforme
apportent des gamelles aux déportés. Ils mangent, et tout en mangeant ils répondent aux questions qu’on
leur pose. La chose frappante c’est que ce qu’on leur dit ne semble pas les intéresser. Je le saurai demain par
les journaux, il y a parmi ces gens, ces vieillards : le général Challe, son fils Hubert Challe – qui devait
mourir cette nuit-ci, la nuit même de son arrivée – élève de Saint-Cyr, le général Audibert, Ferrière,
directeur de la Régie des Tabacs, Julien Cain, administrateurs de Bibliothèque Nationale, le général
Heurteaux, Marcel Paul, le professeur Suard de la faculté de médecine d’Angers, le professeur Richet,
Claude Bourdet, le frère de Teitgen, ministre de l’Information, Maurice Nègre …
(Duras, 1985, pp.30-32)

	

�</text>
                  </elementText>
                </elementTextContainer>
              </element>
            </elementContainer>
          </elementSet>
        </elementSetContainer>
      </file>
    </fileContainer>
    <itemType itemTypeId="1">
      <name>Text</name>
      <description>A resource consisting primarily of words for reading. Examples include books, letters, dissertations, poems, newspapers, articles, archives of mailing lists. Note that facsimiles or images of texts are still of the genre Text.</description>
    </itemType>
    <elementSetContainer>
      <elementSet elementSetId="1">
        <name>Dublin Core</name>
        <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
        <elementContainer>
          <element elementId="50">
            <name>Title</name>
            <description>A name given to the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="283">
                <text>Gare d'Orsay - Attente et retour des prisonniers de guerre </text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
          <element elementId="41">
            <name>Description</name>
            <description>An account of the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="284">
                <text>La Douleur de Marguerite Duras</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
          <element elementId="51">
            <name>Type</name>
            <description>The nature or genre of the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="3583">
                <text>Testimony</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
        </elementContainer>
      </elementSet>
    </elementSetContainer>
    <tagContainer>
      <tag tagId="167">
        <name>déportation</name>
      </tag>
      <tag tagId="196">
        <name>Duras</name>
      </tag>
      <tag tagId="21">
        <name>LIBERATION</name>
      </tag>
      <tag tagId="38">
        <name>Orsay</name>
      </tag>
      <tag tagId="199">
        <name>prisonniers</name>
      </tag>
      <tag tagId="198">
        <name>témoignage</name>
      </tag>
    </tagContainer>
  </item>
  <item itemId="49" public="1" featured="1">
    <fileContainer>
      <file fileId="54">
        <src>https://pennds.org/melanieperon/files/original/24/49/Duras_[Orsay_Volontaires_STO].pdf</src>
        <authentication>68a48058132c7ff9bcc254d2f2ebdacf</authentication>
        <elementSetContainer>
          <elementSet elementSetId="4">
            <name>PDF Text</name>
            <description/>
            <elementContainer>
              <element elementId="52">
                <name>Text</name>
                <description/>
                <elementTextContainer>
                  <elementText elementTextId="285">
                    <text>A la gare d’Orsay – Femmes « volontaires S.T.O. »
Dans un coin de la salle d’honneur, je vois une dizaine de femmes installées par terre et auxquelles une
colonelle est en train de parler. Je m’approche. La colonelle est une grande femme en tailleur bleu marine,
croix de Lorraine sur le revers, elle a des cheveux blancs bouclés au fer et passés au bleu. Les femmes la
regardent, elles ont l’air harassé mais elles écoutent bouche bée ce que dit la colonelle. Autour d’elles
traînent des baluchons, des valises ficelées et aussi un petit enfant qui dort sur un baluchon. Elles sont très
sales et elles ont le visage décomposé. Deux d’entre elles ont un ventre énorme. Une autre femme officier
regarde, un peu à l’écart. Je m’approche d’elle et je lui demande ce qui se passe. Elle me regarde, elle baisse
les yeux et dit pudiquement : « Volontaires S.T.O. » La colonelle leur dit de se lever et de la suivre. Elles se
lèvent et la suivent. Si elles ont ce visage effrayé c’est qu’elles viennent d’être huées par les femmes de
prisonniers de guerre qui attendent à la porte du centre. Il y a quelques jours j’ai assisté à une arrivée de
volontaires S.T.O. Ils arrivaient comme les autres, en souriant, puis peu à peu ils ont compris et alors ils ont
eu ce même visage décomposé. La colonelle s’adresse à la jeune femme en uniforme qui m’a renseignée, elle
montre les femmes du doigts : « Qu’est-ce qu’on en fait ? » L’autre dit : « Je ne sais pas. » La colonelle a dû
leur apprendre qu’elles étaient des ordures. Il y en a qui pleurent. Celles qui sont enceintes ont les yeux
fixes. La colonelle leur a dit de se rasseoir. Elles se rasseyent. Ce sont pour la plupart des ouvrières, elles ont
des mains noircies par l’huile des machines allemandes. Deux d’entre elles sont sans doute des prostituées,
elles sont fardées, elles ont les cheveux teints, mais elles ont dû elles aussi travailler aux machines, elles ont
les mêmes mains noircies. Un officier de rapatriement arrive : « Qu’est-ce que c’est que ça ? – Volontaires
S.T.O. » La voix de la colonelle est aigüe, elle se tourne vers les volontaires et elle menace : « Asseyez-vous
et restez tranquilles … C’est entendu ? Ne croyez pas qu’on va vous laisser partir comme ça… » De sa main
elle menace les volontaires. L’officier de rapatriement s’approche du tas de volontaires, il les regarde, et
devant elles, les volontaires, il demande à la colonelle : « Avez-vous des ordres ? » La colonelle : « Non, et
vous ? – On m’a parlé de six mois de détention. » La colonelle approuve de sa belle tête bouclée : « Ca ne
serait pas volé… » L’officier envoie des bouffées de fumée – Camel –au-dessus du tas des volontaires qui
suivent la conversation, les yeux hagards : « D’accord ! », et il s’éloigne, jeune, élégant, un homme de
cheval, Camel à la main. Les volontaires regardent et guettent une indication quelconque sur le sort qui les
attend. Aucune indication.
(Duras, 1985, pp27-29)

	

�</text>
                  </elementText>
                </elementTextContainer>
              </element>
            </elementContainer>
          </elementSet>
        </elementSetContainer>
      </file>
    </fileContainer>
    <itemType itemTypeId="1">
      <name>Text</name>
      <description>A resource consisting primarily of words for reading. Examples include books, letters, dissertations, poems, newspapers, articles, archives of mailing lists. Note that facsimiles or images of texts are still of the genre Text.</description>
    </itemType>
    <elementSetContainer>
      <elementSet elementSetId="1">
        <name>Dublin Core</name>
        <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
        <elementContainer>
          <element elementId="50">
            <name>Title</name>
            <description>A name given to the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="286">
                <text>Gare d'Orsay - Femmes "Volontaires S.T.O."</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
          <element elementId="41">
            <name>Description</name>
            <description>An account of the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="287">
                <text>La Douleur de Marguerite Duras.</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
          <element elementId="51">
            <name>Type</name>
            <description>The nature or genre of the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="3582">
                <text>Testimony</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
        </elementContainer>
      </elementSet>
    </elementSetContainer>
    <tagContainer>
      <tag tagId="196">
        <name>Duras</name>
      </tag>
      <tag tagId="38">
        <name>Orsay</name>
      </tag>
      <tag tagId="199">
        <name>prisonniers</name>
      </tag>
      <tag tagId="7">
        <name>STO</name>
      </tag>
      <tag tagId="198">
        <name>témoignage</name>
      </tag>
    </tagContainer>
  </item>
  <item itemId="50" public="1" featured="1">
    <fileContainer>
      <file fileId="55">
        <src>https://pennds.org/melanieperon/files/original/24/50/Duras_[Arrestation_re_sistant_Invalides].pdf</src>
        <authentication>25fe1a0fc5b638502c3c2d2f416d1537</authentication>
        <elementSetContainer>
          <elementSet elementSetId="4">
            <name>PDF Text</name>
            <description/>
            <elementContainer>
              <element elementId="52">
                <name>Text</name>
                <description/>
                <elementTextContainer>
                  <elementText elementTextId="288">
                    <text>Arrestation d’un jeune Résistant quartier des Invalides.
Rabier parle : « Hier, voyez-vous, j’ai arrêté un jeune homme de vingt ans, du côté des Invalides.
La mère de ce jeune homme était là. C’était terrible. Nous avons arrêté ce jeune homme en présence de sa
mère. »
Un garçon est venu à leur table, ils lisent le menu. Je mange, je ne sais plus ce que c’et. Rabier
continue : « C’était terrible. Elle hurlait cette femme. Elle nous expliquait que son enfant était un bon
enfant, qu’elle, sa mère, elle le savait, qu’il fallait la croire, elle. Mais vous voyez, lui, l’enfant, il ne disait
rien. »
Un violoniste arrive dans le restaurant. Tout va être plus simple. Je reprends :
« Et l’enfant, lui, ne disait rien ? »
-Rien. C’était extraordinaire. Il était très calme. Il essayait de consoler sa mère avant de nous
suivre. Ah ! Il était tellement plus près de nous que de sa mère, c’était extraordinaire. »
Ils appellent le violoniste. J’attends, je ne réponds pas à Rabier. Voici : c’est un air que je connais,
qu’on chantait ensemble quand on se retrouvait. J’ai le fou rire, je ne peux plus m’arrêter du tout. Rabier
me regarde sans comprendre :
« Qu’est-ce que vous avez ?
-C’est la fin de la guerre.Ca y est, c’est la fin, la fin de l’Allemagne. C’est le plaisir, »
Il me sourit encore gentiment et il me dit cela qui est inoubliable. Et adorable aussi si on est nazi :
« Je comprends que vous, vous l’espériez. Voyez-vous je le comprends tout à fait. Mais ce n’est pas
possible,
-L’Allemagne a perdu, c’est fini. »
Je ris, je ne peux plus m’arrêter. Eux aussi rient, là-bas. Le violoniste s’en donne à cœur joie.
Rabier dit : « Vous êtes gaie, ça me fait plaisir. »
Je dis : « Vous auriez pu laisser ce jeune homme tranquille, le dernier jour avant la fin, qu’est-ce
que ça pouvait vous faire. Vous l’avez tué pour vous prouver que la guerre n’était pas finie, c’est ça ? »
Voici ce que nous savions déjà, D. et moi :
« Ce n’est pas ça. La guerre ne s’arrêtera pas pour des gens comme moi. Je continuerai à servir
l’Allemagne jusqu’à la mort. Je ne quitterai pas la France si vous voulez savoir.
-Vous ne pourrez pas rester en France. »
(Duras, 1985, pp.129-130)

	

�</text>
                  </elementText>
                </elementTextContainer>
              </element>
            </elementContainer>
          </elementSet>
        </elementSetContainer>
      </file>
    </fileContainer>
    <itemType itemTypeId="1">
      <name>Text</name>
      <description>A resource consisting primarily of words for reading. Examples include books, letters, dissertations, poems, newspapers, articles, archives of mailing lists. Note that facsimiles or images of texts are still of the genre Text.</description>
    </itemType>
    <elementSetContainer>
      <elementSet elementSetId="1">
        <name>Dublin Core</name>
        <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
        <elementContainer>
          <element elementId="50">
            <name>Title</name>
            <description>A name given to the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="289">
                <text>Quartier des Invalides - Arrestation d'un jeune résistant</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
          <element elementId="41">
            <name>Description</name>
            <description>An account of the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="290">
                <text>La Douleur de Marguerite Duras</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
          <element elementId="51">
            <name>Type</name>
            <description>The nature or genre of the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="3581">
                <text>Testimony</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
        </elementContainer>
      </elementSet>
    </elementSetContainer>
    <tagContainer>
      <tag tagId="196">
        <name>Duras</name>
      </tag>
      <tag tagId="11">
        <name>occupation</name>
      </tag>
      <tag tagId="176">
        <name>résistance</name>
      </tag>
      <tag tagId="198">
        <name>témoignage</name>
      </tag>
    </tagContainer>
  </item>
  <item itemId="51" public="1" featured="1">
    <fileContainer>
      <file fileId="56">
        <src>https://pennds.org/melanieperon/files/original/24/51/Duras_[Palais-Bourbon].pdf</src>
        <authentication>eb894d106ed96e545bd516840138163b</authentication>
        <elementSetContainer>
          <elementSet elementSetId="4">
            <name>PDF Text</name>
            <description/>
            <elementContainer>
              <element elementId="52">
                <name>Text</name>
                <description/>
                <elementTextContainer>
                  <elementText elementTextId="291">
                    <text>Marguerite Duras rencontre par hasard Rabier alors qu’elle attend un contact de la Résistance face au Palais-Bourbon.
Le premier lundi de juillet à onze heures trente du matin, je dois mettre en contact Duponceau (à
ce moment-là délégué du M.N.P.G.D. en Suisse) et Godard (chef de cabinet du ministre des Prisonniers,
Henry Fresnay). Nous devons nous rencontrer à l’angle du boulevard Saint-Germain et de la Chambre des
Députés du côté opposé à la Chambre. J’arrive à l’heure. Je trouve Duponceau. Je l’aborde et nous causons
avec cet air dégagé et naturel que les membres de la Résistance arborent au grand jour. Cinq minutes ne se
sont pas passées quand je m’entends héler à quelques mètres de moi : Pierre Rabier. Il m’appelle en claquant
des doigts. Sa figure est sévère. Je nous crois perdus. Je dis à Duponceau : « C’est la Gestapo, on est faits. »
Je vais vers Rabier sans hésiter. Il ne me dit pas bonjour.
« Vous me reconnaissez ?
-Oui
-Où m’avez-vous vu ?
-Rue des Saussaies. »
Ou la présence de Rabier est un pur hasard, ou il vient nous arrêter. Dans ce cas-là la « 11 légère »
de la polizei attend derrière l’immeuble, et c’est déjà trop tard.(…)
La présence de Rabier était bien un hasard. Il s’était arrêté parce qu’il avait reconnu la jeune
Française qui avait porté le colis à la rue des Saussaies. Je l’ai appris ensuite. Rabier était fasciné par les
intellectuels français, les artistes, les auteurs de livres. Il était entré dans la Gestapo faute d’avoir pu acquérir
une librairie de livres d’art (sic).
(Duras, 1985, pp95-98 )

	

�</text>
                  </elementText>
                </elementTextContainer>
              </element>
            </elementContainer>
          </elementSet>
        </elementSetContainer>
      </file>
    </fileContainer>
    <itemType itemTypeId="1">
      <name>Text</name>
      <description>A resource consisting primarily of words for reading. Examples include books, letters, dissertations, poems, newspapers, articles, archives of mailing lists. Note that facsimiles or images of texts are still of the genre Text.</description>
    </itemType>
    <elementSetContainer>
      <elementSet elementSetId="1">
        <name>Dublin Core</name>
        <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
        <elementContainer>
          <element elementId="50">
            <name>Title</name>
            <description>A name given to the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="292">
                <text>Palais-Bourbon - point de rencontre entre résistants</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
          <element elementId="41">
            <name>Description</name>
            <description>An account of the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="293">
                <text>La Douleur de Marguerite Duras</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
          <element elementId="51">
            <name>Type</name>
            <description>The nature or genre of the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="3580">
                <text>Testimony</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
        </elementContainer>
      </elementSet>
    </elementSetContainer>
    <tagContainer>
      <tag tagId="196">
        <name>Duras</name>
      </tag>
      <tag tagId="11">
        <name>occupation</name>
      </tag>
      <tag tagId="176">
        <name>résistance</name>
      </tag>
      <tag tagId="198">
        <name>témoignage</name>
      </tag>
    </tagContainer>
  </item>
  <item itemId="52" public="1" featured="1">
    <fileContainer>
      <file fileId="57">
        <src>https://pennds.org/melanieperon/files/original/24/52/Duras_[Rue_des_Saussaies].pdf</src>
        <authentication>09d96808474ff63a372c5f0c212c5f2c</authentication>
        <elementSetContainer>
          <elementSet elementSetId="4">
            <name>PDF Text</name>
            <description/>
            <elementContainer>
              <element elementId="52">
                <name>Text</name>
                <description/>
                <elementTextContainer>
                  <elementText elementTextId="294">
                    <text>Au siège de la Gestapo, 11 rue des Saussaies, dans l’ancien Ministère de l’Intérieur.
Extrait 1
Dans la fièvre je la revois. Elle avait fait trois jours de queue avec les autres rue des Saussaies. Elle
devait avoir vingt ans. Elle avait un ventre énorme qui lui sortait du corps. Elle était là pour un fusillé, son
mari. Elle avait reçu un avis pour venir chercher ses affaires. Elle était venue. Elle avait encore peur. Vingtdeux heures de queue pour venir prendre ses affaires. Elle tremblait malgré la chaleur. Elle parlait, elle
parlait sans pouvoir s’arrêter. Elle avait voulu reprendre ses affaires pour les revoir. Oui, elle allait
accoucher dans les quinze jours, l’enfant ne connaîtrait pas son père. Dans la queue elle lisait et relisait sa
dernière lettre à ses voisines. « Dis à notre enfant que j’ai été courageux. » Elle parlait, elle pleurait, elle ne
pouvait rien garder à l’intérieur. Je pense à elle parce qu’elle n’attend plus. Je me demande si je la
reconnaîtrais dans la rue, j’ai oublié son visage, je ne revois d’elle que ce ventre énorme qui lui sortait du
corps, cette lettre à la main comme si elle voulait la donner. Vingt ans. On lui avait tendu un pliant. Elle
avait essayé de s’asseoir, mais elle se relevait, elle ne pouvait se supporter que debout.
(Duras, 1985, pp41-42)
Extrait 2
Les colis de vivres sont suspendus sine die. Je vais à Fresnes plusieurs fois pour rien. Je me décide
alors à obtenir un permis de colis par la rue des Saussaies. Une de mes amies, secrétaire à l’Information,
prend sur elle de téléphoner au docteur Kieffer (avenue Foch) au nom de son directeur, afin d’obtenir une
recommandation à cet effet. On la convoque. Elle est reçue par le secrétaire du docteur Kieffer qui lui dit de
s’adresser au bureau 415 E4, quatrième étage du vieux bâtiment de la rue des Saussaies. Aucun mot de
recommandation. J’attends plusieurs jours de suite devant la rue des Saussaies. La queue occupe cent mètres
de trottoir. Nous attendons, non de pénétrer dans les locaux de la police allemande, mais de prendre notre
tour afin de pouvoir y pénétrer. Trois jours. Quatre jours. Ce n’est que devant le secrétaire du bureau des
Permis de Colis que je peux faire état de la recommandation du docteur Kieffer. Il me faut d’abord aller à ce
bureau 415 voir un certain M. Hermann. J’attends toute la matinée : M. Hermann est absent. La secrétaire
d’un bureau voisin me donne un mot qui me permet de revenir le lendemain matin. Encore une fois, M.
Hermann est absent et j’attends toute ma matinée. Le débarquement a eu lieu il y a maintenant huit jours,
on sent la déroute envahir les hauts lieux de la police allemande. Mon laissez-passer expire à midi, je cherche
vainement la secrétaire que j’avais vue la veille. Je vais perdre le bénéfice de quelque vingt heures d’attente.
J’aborde un grand homme qui passe dans les couloirs et je lui demande de bien vouloir me faire prolonger
mon laissez-passer jusqu’au soir. Il me dit de lui montrer ma fiche. Je la lui tends. Il dit : « Mais c’est
l’affaire de la rue Dupin. »
Il prononce le nom de mon mari. Il me dit que c’est lui qui a arrêté mon mari. Et qui a procédé à
son premier interrogatoire. Ce monsieur est X., appelé ici Pierre Rabier, agent de la Gestapo,
« Vous êtes une parente ?
- Je suis sa femme.
-Ah !... c’est une affaire embêtante, vous savez… »
Je ne pose aucune question à Pierre Rabier. Il se montre d’une extrême politesse. Il me renouvelle
lui-même mon laissez-passer. Et il me dit que demain Hermann sera là.
Je revois Rabier le lendemain quand je viens voir Hermann pour le permis de colis. J’attends dans
le couloir, il sort d’une porte. Il tient dans ses bras une femme à moitié évanouie et d’une grande pâleur, ses
vêtements tout trempés. Il me sourit, disparaît. Il revient quelques minutes plus tard, il sourit encore.
« Alors, vous attendez toujours ?... »
(Duras, 1985, pp92-94)

�Les activités de Pierre Rabier, agent de la Gestapo de la rue des Saussaies.
Extrait 3
Pour la première fois je lui parle de la femme évanouie qu’il tenait dans ses bras dans les couloirs de
la Gestapo, lorsque je l’ai revu. Je dis que je sais qu’il s’agissait de la torture de la baignoire. Il rit comme il
le ferait de la naïveté d’un enfant. Il dit que ce n’est rien, mais rien, que c’est tout juste désagréable, qu’on a
exagéré là-dessus, beaucoup. Je le regarde. Déjà il a moins d’importance. Il n’est plus rien. Il n’est qu’un
agent de la police allemande, plus personne. Je le vois tout à coup porté par une tragédie burlesque, crétine,
comme un mauvais devoir de rhétorique, déjà atteint par une mort de même acabit, elle-même dévaluée,
pas véritable, comme aplatie. D. m’a dit qu’ils essayeraient de l’abattre dans les jours qui viennent.
L’endroit est déjà choisi. Il faut faire vite avant qu’il ne quitte Paris. (…)
« Un jour, dit Pierre Rabier, je devais arrêter des juifs, nous sommes entrés dans l’appartement, il
n’y avait personne. Sur la table de la salle à manger il y avait des crayons de couleur et un dessin d’enfant. Je
suis reparti sans attendre les gens. » Il est allé jusqu’à me dire que le cas où il l’aurait sue, il m’aurait
prévenue de mon arrestation. Je traduis : dans le cas où un autre que lui aurait eu mandat de m’arrêter.
Ainsi est-il, d’une indifférence absolue à la douleur humaine, mais il se paye le luxe d’avoir certaines
souffrances privatives, nous leur devons la vie, le petit juif et moi.
Je le regarde encore, avec le vin c’est de plus en plus fréquent. Il parle de l’Allemagne. Je ne peux
pas partager sa foi. Elle est quant à lui inconnaissable, surtout pour les autres, les vaincus français. Je lui dis :
« C’est fini, fini. Dans trois jours Montgomery sera à Paris.
-Vous ne comprenez pas. C’est impossible. Notre force est inépuisable. Seuls les Allemands
peuvent comprendre.
Il va mourir dans la raison des dieux. C’est ce que diront les journaux. Moi je dis : il va mourir d’ici
trois jours. Je me souviens tout à fait : j’ai regardé sa chemise neuve. Il était vécu de son costume marron. Sa
chemise était à col Danton, assortie au costume, d’un beige un peu doré. J’ai pensé que c’était dommage
pour cette chemise neuve d’être ainsi tombée sur un condamné à mort. J’ai pensé encore une fois très fort :
« Je te dis que tu n’achèteras pas de chaussures cet après-midi parce que ce n’est pas la peine. » Il n’entend
pas. Je pense qu’il est privé d’entendre la pensée, qu’il est privé de tout, qu’il n’a qu’à mourir.
Je pense que, s’il me force à boire comme ça, c’est qu’il est déjà dans le désespoir de la défaite,
c’est curieux qu’il ne le sache pas. Il croit qu’il me donne à boire pour me traîner dans un hôtel. Mais il
ignore qu’il ne sait pas encore ce qu’il va faire avec moi dans cet hôtel, s ‘il va me prendre ou me tuer, Il
dit : « Ah, que c’est terrible, vous avez encore maigri. Je ne peux pas supporter ça. »
Ce matin-là je ressens très nettement que c’est celui qui arrête des juifs et les expédie aux
crématoires qui ne résiste pas au spectacle que j’offre à ses yeux, celui d’une femme maigre et souffrante –
du moment qu’il en cause. Il dira souvent que, s’il avait su, il n’aurait pas arrêté mon mari. Chaque jour il
décidait de ma destinée, et chaque jour, s’il avait su, disait-il, ma destinée aurait été différente. Qu’il l’ait su
ou non, avant ou après, ma destinée était entre ses main. Ce pouvoir est conféré à la fonction policière. Mais
d’habitude on est coupé de ses victimes, dans la police, lui en me connaissant il avait la confirmation de son
pouvoir, il connaissait la chance merveilleuse d’entrer dans l’ombre de ses actes, de jouir de cette
clandestinité de lui-même à lui-même.
(Duras, 1985, pp.124-127)

	

�</text>
                  </elementText>
                </elementTextContainer>
              </element>
            </elementContainer>
          </elementSet>
        </elementSetContainer>
      </file>
    </fileContainer>
    <itemType itemTypeId="1">
      <name>Text</name>
      <description>A resource consisting primarily of words for reading. Examples include books, letters, dissertations, poems, newspapers, articles, archives of mailing lists. Note that facsimiles or images of texts are still of the genre Text.</description>
    </itemType>
    <elementSetContainer>
      <elementSet elementSetId="1">
        <name>Dublin Core</name>
        <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
        <elementContainer>
          <element elementId="50">
            <name>Title</name>
            <description>A name given to the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="295">
                <text>Gestapo de la rue des Saussaies</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
          <element elementId="41">
            <name>Description</name>
            <description>An account of the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="296">
                <text>La Douleur de Marguerite Duras</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
          <element elementId="51">
            <name>Type</name>
            <description>The nature or genre of the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="3579">
                <text>Testimony</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
        </elementContainer>
      </elementSet>
    </elementSetContainer>
    <tagContainer>
      <tag tagId="8">
        <name>Collaboration</name>
      </tag>
      <tag tagId="157">
        <name>collaborationnisme</name>
      </tag>
      <tag tagId="196">
        <name>Duras</name>
      </tag>
      <tag tagId="200">
        <name>gestapo</name>
      </tag>
      <tag tagId="198">
        <name>témoignage</name>
      </tag>
    </tagContainer>
  </item>
  <item itemId="53" public="1" featured="1">
    <fileContainer>
      <file fileId="58">
        <src>https://pennds.org/melanieperon/files/original/25/53/Berr_[Arrestation].pdf</src>
        <authentication>f14f4f5a206303082f20905f064a9419</authentication>
        <elementSetContainer>
          <elementSet elementSetId="4">
            <name>PDF Text</name>
            <description/>
            <elementContainer>
              <element elementId="52">
                <name>Text</name>
                <description/>
                <elementTextContainer>
                  <elementText elementTextId="297">
                    <text>Lettre d’Hélène adressée à sa sœur Denise après son arrestation et celle de ses parents au
domicile familial au 5, avenue Elisée-Reclus dans le 7ème arrondissement

8 mars 1944
19h20
Ce matin à 7h30, dring ! Je croyais que c’était un pneu !! Vous savez la suite. Mesure individuelle. Henri
[Raymond Berr] visé, soi-disant à cause de trop nombreuses interventions il y a dix-huit mois. Petit voyage
en auto particulière jusqu’en face, chez Gaston Bébert [le commissariat]. Station dans l’auto. Et arrivée ici,
dépôt du VIIIè sous le cirque Raincy ! Marcel [la police française] ce matin était désagréable (à mon avis). Ici,
ils sont gentils. Nous attendons. Il y a un chat nommé Négus ! N’avons pas emporté beaucoup d’affaires.
Voudrais culotte de ski et bottine (pour maman) et Rüchsack pour moi. Petite valise pour maman.
Espère que Denden [Denise] fera attention à sa santé ; le petit Jito [de Jitomir, ville de russie, surnom donné
par Denise à son enfant à naître] serait bien chez mon cousin Paul [sage-femme à Hargeville]. Henri
[Raymond Berr] n’a [avec lui] qu’un enfant, Hélène, il y tient. Mais si Denise venait au monde [accouchait],
faites tout pour elle.
Que Nickie aille voir sa belle-mère pour lui raconter. J’ai eu le temps de mettre de côté les livres de la
Sorbonne. Vous voyez si je suis soigneuse ! Qu’on tâche de trouver Supponéryl [somnifère pour Minnie
[Antoinette Berr]. Andrée [Bardiau] en a peut-être ? Probable que UG[IF] fera son possible. En tout cas, quoi
qu’il arrive, nous avons bien l’intention de revenir. Je m’y attendais tellement ! Je n’ai pas encore visité le
Gospodje [toilettes, souvenir d’un voyage en Yougoslavie] d’ici. Papa dit qu’il est convenable.
Denden ne doit pas aller visiter Elisée [Reclus]. Minnie s’y oppose absolument. Philippe D. fera le nécessaire
pour Auber[genville], comme il le sait. Et parle à Charles et à Lucie [Jacques et Yvonne Berr] auxquels nous
pensons de tout cœur. Ils pensent que j’ai toujours mon sense of humor (témoin mon histoire de
Gospodje !) Tout va bien, chérie. A bientôt. Dix mille baisers.
Linlin

	

�</text>
                  </elementText>
                </elementTextContainer>
              </element>
            </elementContainer>
          </elementSet>
        </elementSetContainer>
      </file>
    </fileContainer>
    <itemType itemTypeId="1">
      <name>Text</name>
      <description>A resource consisting primarily of words for reading. Examples include books, letters, dissertations, poems, newspapers, articles, archives of mailing lists. Note that facsimiles or images of texts are still of the genre Text.</description>
    </itemType>
    <elementSetContainer>
      <elementSet elementSetId="1">
        <name>Dublin Core</name>
        <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
        <elementContainer>
          <element elementId="50">
            <name>Title</name>
            <description>A name given to the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="298">
                <text>Arrestation de la famille Berr</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
          <element elementId="48">
            <name>Source</name>
            <description>A related resource from which the described resource is derived</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="299">
                <text>Journal d'Hélène Berr</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
          <element elementId="51">
            <name>Type</name>
            <description>The nature or genre of the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="3578">
                <text>Testimony</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
        </elementContainer>
      </elementSet>
    </elementSetContainer>
    <tagContainer>
      <tag tagId="4">
        <name>antisémitisme</name>
      </tag>
      <tag tagId="134">
        <name>camps</name>
      </tag>
      <tag tagId="167">
        <name>déportation</name>
      </tag>
      <tag tagId="159">
        <name>Hélène Berr</name>
      </tag>
      <tag tagId="160">
        <name>police</name>
      </tag>
      <tag tagId="130">
        <name>rafle</name>
      </tag>
      <tag tagId="198">
        <name>témoignage</name>
      </tag>
    </tagContainer>
  </item>
  <item itemId="54" public="1" featured="1">
    <fileContainer>
      <file fileId="59">
        <src>https://pennds.org/melanieperon/files/original/25/54/Berr_[Me_tro_Ecole_Militaire_-_Etoile_jaune].pdf</src>
        <authentication>3be82f522d13432724ba01aa220d45ad</authentication>
        <elementSetContainer>
          <elementSet elementSetId="4">
            <name>PDF Text</name>
            <description/>
            <elementContainer>
              <element elementId="52">
                <name>Text</name>
                <description/>
                <elementTextContainer>
                  <elementText elementTextId="300">
                    <text>Dans le métro, station Ecole-Militaire, après l’ordonnance obligeant les Juifs à voyager dans la dernière voiture.
Mardi 9 juin [1942]
Aujourd’hui, cela a été encore pire qu’hier.
Je suis éreintée comme si j’avais fait une promenade de cinq kilomètres. J’ai la figure tendue par
l’effort que j’ai fait tout le temps pour retenir des larmes qui jaillissaient je ne sais pas pourquoi.
Ce matin, j’étais restée à la maison, à travailler du violon. Dans Mozart, j’avais tout oublié.
Mais cet après-midi tout a recommencé, je devais aller chercher Vivi Lafon à la sortie de l’agreg
[l’agrégation d’anglais] à deux heures. Je ne voulais pas porter l’étoile mais j’ai fini par le faire, trouvant
lâche ma résistance, Il y a eu d’abord deux petites filles avenue de la Bourdonnais qui m’ont montrée du
doigt. Puis, au métro à l’Ecole militaire (quand je suis descendue, une dame m’a dit « : »Bonjour,
mademoiselle »), le contrôleur m’a dit : « Dernière voiture. » Alors, c’était vrai le bruit qui avait couru
hier. Cela a été comme la brusque réalisation d’un mauvais rêve. Le métro arrivait, je suis montée dans la
première voiture. Au changement, j’ai pris la dernière. Il n’y avait pas d’insignes. Mais rétrospectivement,
des larmes de douleur et de révolte ont jailli à mes yeux, j’étais obligée de fixer quelque chose pour qu’elles
rentrent. 
(Berr, 2007, p.59)
Vendredi 10 juillet [1942]
Nouvelle ordonnance aujourd’hui, pour le métro. D’ailleurs, ce matin, à l’Ecole militaire, je me
préparais à monter dans la première voiture lorsque j’ai brusquement réalisé que les paroles brutales du
contrôleur s’adressaient à moi : « Vous là-bas, l’autre voiture. » J’ai couru comme une folle pour ne pas le
manquer, et lorsque je me suis retrouvée dans l’avant-dernière voiture, des larmes jaillissaient de mes yeux,
des larmes de rage, et de réaction contre cette brutalité.
Les juifs n’ont plus le droit non plus de traverser les Champs-Elysées. Théâtres et restaurants
réservés. La nouvelle est rédigée d’un ton naturel et hypocrite, comme si c’était un fait accompli qu’en
France on persécutait les juifs, un fait acquis, reconnu comme une nécessité et un droit.
Lorsque j’y ai pensé, je bouillonnais tellement que je suis venue dans cette chambre me calmer. 
(Berr, 2007, p.103)

	

�</text>
                  </elementText>
                </elementTextContainer>
              </element>
            </elementContainer>
          </elementSet>
        </elementSetContainer>
      </file>
    </fileContainer>
    <itemType itemTypeId="1">
      <name>Text</name>
      <description>A resource consisting primarily of words for reading. Examples include books, letters, dissertations, poems, newspapers, articles, archives of mailing lists. Note that facsimiles or images of texts are still of the genre Text.</description>
    </itemType>
    <elementSetContainer>
      <elementSet elementSetId="1">
        <name>Dublin Core</name>
        <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
        <elementContainer>
          <element elementId="50">
            <name>Title</name>
            <description>A name given to the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="301">
                <text>Hélène Berr dans le métro</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
          <element elementId="48">
            <name>Source</name>
            <description>A related resource from which the described resource is derived</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="302">
                <text>Le Journal d'Hélène Berr</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
          <element elementId="51">
            <name>Type</name>
            <description>The nature or genre of the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="3577">
                <text>Testimony</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
        </elementContainer>
      </elementSet>
    </elementSetContainer>
    <tagContainer>
      <tag tagId="4">
        <name>antisémitisme</name>
      </tag>
      <tag tagId="159">
        <name>Hélène Berr</name>
      </tag>
      <tag tagId="201">
        <name>métro</name>
      </tag>
      <tag tagId="11">
        <name>occupation</name>
      </tag>
      <tag tagId="179">
        <name>statut des juifs</name>
      </tag>
      <tag tagId="198">
        <name>témoignage</name>
      </tag>
    </tagContainer>
  </item>
  <item itemId="55" public="1" featured="1">
    <fileContainer>
      <file fileId="60">
        <src>https://pennds.org/melanieperon/files/original/25/55/Berr_[ordonnances_juifs-8e_me_arr.].pdf</src>
        <authentication>d6bfe9f21d842ac773418b23922dfde2</authentication>
        <elementSetContainer>
          <elementSet elementSetId="4">
            <name>PDF Text</name>
            <description/>
            <elementContainer>
              <element elementId="52">
                <name>Text</name>
                <description/>
                <elementTextContainer>
                  <elementText elementTextId="303">
                    <text>Réaction des gens du quartier (8ème arr.) vis-à-vis de l’étoile que doit porter Hélène.
Lundi 8 juin [1942]
Soir
(…) A l’Etoile, je suis allée à l’Artisanat chercher ma blouse, puis j’ai repris le 92. Un jeune homme et une
jeune fille attendaient, j’ai vu la jeune fille me montrer à son compagnon. Puis ils ont parlé.
Instinctivement, j’ai relevé la tête – en plein soleil -, j’ai entendu : « C’est écoeurant. » Dans
l’autobus, il y avait une femme, une maid probablement, qui m’avait déjà souri avant de monter et qui s’est
retournée plusieurs fois pour sourire ; un monsieur chic me fixait : je ne pouvais pas deviner le sens de ce
regard, mais je l’ai regardé fièrement.
Je suis repartie pour la Sorbonne ; dans le métro, encore une femme du peuple m’a souri, Cela a fait jaillir
les larmes à mes yeux, je ne sais pourquoi. 
(Berr, 2007, p.58)
Nouvelles ordonnances antisémites …
Vendredi 10 juillet [1942]
 Nouvelle ordonnance aujourd’hui, pour le métro. D’ailleurs, ce matin, à l’Ecole militaire, je me
préparais à monter dans la première voiture lorsque j’ai brusquement réalisé que les paroles brutales du
contrôleur s’adressaient à moi : « Vous là-bas, l’autre voiture. » J’ai couru comme une folle pour ne pas le
manquer, et lorsque je me suis retrouvée dans l’avant-dernière voiture, des larmes jaillissaient de mes yeux,
des larmes de rage, et de réaction contre cette brutalité.
Les juifs n’ont plus le droit non plus de traverser les Champs-Elysées. Théâtres et restaurants
réservés. La nouvelle est rédigée d’un ton naturel et hypocrite, comme si c’était un fait accompli qu’en
France on persécutait les juifs, un fait acquis, reconnu comme une nécessité et un droit.
Lorsque j’y ai pensé, je bouillonnais tellement que je suis venue dans cette chambre me calmer. 
(Berr, 2007, p.103)

	

�</text>
                  </elementText>
                </elementTextContainer>
              </element>
            </elementContainer>
          </elementSet>
        </elementSetContainer>
      </file>
    </fileContainer>
    <itemType itemTypeId="1">
      <name>Text</name>
      <description>A resource consisting primarily of words for reading. Examples include books, letters, dissertations, poems, newspapers, articles, archives of mailing lists. Note that facsimiles or images of texts are still of the genre Text.</description>
    </itemType>
    <elementSetContainer>
      <elementSet elementSetId="1">
        <name>Dublin Core</name>
        <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
        <elementContainer>
          <element elementId="50">
            <name>Title</name>
            <description>A name given to the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="304">
                <text>Mesures antisémites et réactions dans le 8ème arr.</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
          <element elementId="48">
            <name>Source</name>
            <description>A related resource from which the described resource is derived</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="305">
                <text>Journal d'Hélène Berr</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
          <element elementId="51">
            <name>Type</name>
            <description>The nature or genre of the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="3576">
                <text>Testimony</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
        </elementContainer>
      </elementSet>
    </elementSetContainer>
    <tagContainer>
      <tag tagId="4">
        <name>antisémitisme</name>
      </tag>
      <tag tagId="135">
        <name>étoile jaune</name>
      </tag>
      <tag tagId="159">
        <name>Hélène Berr</name>
      </tag>
      <tag tagId="198">
        <name>témoignage</name>
      </tag>
    </tagContainer>
  </item>
  <item itemId="56" public="1" featured="1">
    <fileContainer>
      <file fileId="61">
        <src>https://pennds.org/melanieperon/files/original/25/56/Berr_[Seine-Alma].pdf</src>
        <authentication>da6df09a80e8c1e5f3c343382358bf5b</authentication>
        <elementSetContainer>
          <elementSet elementSetId="4">
            <name>PDF Text</name>
            <description/>
            <elementContainer>
              <element elementId="52">
                <name>Text</name>
                <description/>
                <elementTextContainer>
                  <elementText elementTextId="306">
                    <text>	
	
Promenade en solitaire d’Hélène sur les berges de la Seine jusqu’au pont de l’Alma.
30 octobre [1943]
J’ai marché aujourd’hui, marché toute la journée. Je suis revenue à pied de ma leçon d’allemand
par la rue Saint-Lazare, la rue La Boétie, Miromesnil, l’avenue Marigny et les berges de la Seine.
J’ai marché tout au bord de l’eau, qui a eu son effet magique sur moi, me calmant, me berçant, sans
me faire oublier, mais en rafraîchissant ma tête souvent surchargée. Il n’y avait personne. Deux péniches ont
passé lentement, sans un bruit, seul le léger clapotis des longues ondes transversales mises en mouvement
par le sillage du bateau, et qui venaient mourir sur la berge.
Je pensais à Jean. Je pensais que cette nuit j’avais rêvé de lui. Rarement cela m’arrive ; et ces rêves
me sont très précieux, car ils sont comme des visitations. Il me semble que lorsque je le reverrai, et que je
jetterai un regard sur toute cette longue absence, je me rappellerai vaguement, comme s’il s’agissait d’un
monde par-delà le monde de tous les jours, l’avoir revu.(…)
En arrivant au pont de l’Alma, je regardais toujours l’eau. Et soudain, spontanément, j’ai pensé à ce
que pourrait être la vie à deux, que je pourrais le rendre heureux, je n’avais pas orienté mes pensées dans
cette direction, c’était quelque chose de nouveau. Mais le gouffre noir à franchir avant ? C’est pour cela que
je ne peux jamais me laisser aller dans cette direction, car cela me paraît a fallacy. 
(Berr, 2007, pp.200-202)

�</text>
                  </elementText>
                </elementTextContainer>
              </element>
            </elementContainer>
          </elementSet>
        </elementSetContainer>
      </file>
    </fileContainer>
    <itemType itemTypeId="1">
      <name>Text</name>
      <description>A resource consisting primarily of words for reading. Examples include books, letters, dissertations, poems, newspapers, articles, archives of mailing lists. Note that facsimiles or images of texts are still of the genre Text.</description>
    </itemType>
    <elementSetContainer>
      <elementSet elementSetId="1">
        <name>Dublin Core</name>
        <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
        <elementContainer>
          <element elementId="50">
            <name>Title</name>
            <description>A name given to the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="307">
                <text>Des berges de la Seine jusqu'au pont de l'Alma</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
          <element elementId="48">
            <name>Source</name>
            <description>A related resource from which the described resource is derived</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="308">
                <text>Journal d'Hélène Berr</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
          <element elementId="51">
            <name>Type</name>
            <description>The nature or genre of the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="3575">
                <text>Testimony</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
        </elementContainer>
      </elementSet>
    </elementSetContainer>
    <tagContainer>
      <tag tagId="159">
        <name>Hélène Berr</name>
      </tag>
      <tag tagId="11">
        <name>occupation</name>
      </tag>
      <tag tagId="198">
        <name>témoignage</name>
      </tag>
    </tagContainer>
  </item>
  <item itemId="57" public="1" featured="1">
    <fileContainer>
      <file fileId="62">
        <src>https://pennds.org/melanieperon/files/original/25/57/Berr_[1e_re_Arrestation_Raymond_Berr].pdf</src>
        <authentication>d6dc72f4e26a33c2e39f5dac309a36df</authentication>
        <elementSetContainer>
          <elementSet elementSetId="4">
            <name>PDF Text</name>
            <description/>
            <elementContainer>
              <element elementId="52">
                <name>Text</name>
                <description/>
                <elementTextContainer>
                  <elementText elementTextId="309">
                    <text>Arrestation de Raymond Berr sur son lieu de travail au 11, rue de la Baume.

Mercredi 24 juin 1942

		

Je voulais écrire ceci hier soir. Mais j’étais trop abrutie et je n’aurais pas pu faire l’effort.
Ce matin, je me force à le faire, parce que je veux me souvenir de tout. 

***
La première dois où je me suis éveillée et que j’ai vu la lumière du matin à travers les volets,
brusquement l’idée m’est venue que Papa n’aurait pas son petit déjeuner normal ce matin, qu’il n’arriverait
pas à la table du petit déjeuner, pour prendre ses morceaux de pain grillé et verser son café. Cela m’a causé
une peine immense.
Ce n’était pas la première fois, peu à peu (je me suis souvent à demi rendormie) d’autres pensées
sont venues, qui me faisaient réaliser ce qui s’était passé, le bruit des clefs dans sa poche, des volets qu’il
ouvrait dans sa chambre, je l’attends toujours pour me lever, parce qu’il va allumer le gaz. A ces momentslà, je réalise. En ce moment même, je ne le fais pas bien.
***
C’était hier, à peu près à cette heure-ci. J’étais sortie deux fois dans la matinée. Une première fois
dans le quartier, pour voir s’il y avait du fromage à la crème pour déjeuner – Simon venait. La seconde,
j’avais pris le 92 jusqu’à l’Etoile pour aller à l’Artisanat, et de là je suis allée à la bibliothèque américaine.
Comme je devais rentrer avec Papa, j’ai pensé qu’il était trop tôt et je me suis attardée rue de Téhéran.
En arrivant rue de La Baume, j’ai trouvé toute la famille Carpentier debout devant la loge, je leur ai
dit bonjour et ils m’ont à peine répondu. Ils avaient l’air préoccupé, je n’ai pas insisté ; j’ai pourtant fait des
grâces au chien, mais devant le mutisme de Mme Carpentier, je suis entrée dans le hall sans rien dire.
Haraud m’a suivie, j’ai trouvé un peu drôle qu’il entre avec moi ; mais je me suis ravisée, pensant qu’il avait
quelque chose à faire par là. Ce qui a aussi dissipé mes soupçons, c’est que lorsque j’ai dit : « Il fait bon ici »,
il a répondu : « Oui, il fait frais » le plus naturellement du monde. Mais lorsque j’ai commencé à monter
l’escalier, il m’a suivie. De nouveau, ma curiosité a été éveillée. J’ai demandé si Papa était là, il a répondu
non. Depuis, je me suis rappelé que sa réponse avait été assez confuse. Il me disait d’aller voir M. le
Président. J’ai dit : « Papa va rentrer. » Il a répondu oui, mais je ne sais pas s’il savait très bien ce qu’il disait.
En haut de l’escalier, j’ai vu Carpentier qui fait l’huissier à cette heure-là ; j’ai redemandé si Papa était là. Il a
répondu : « Non, mais si mademoiselle veut voir M. le président. » Alors, ma curiosité s’est changée en
appréhension, j’ai vu que Carpentier et Haraud se regardaient. Tout ce mystère m’énervait. Et pourtant,
comme je ne voulais pas dramatiser, je refoulais tous mes soupçons avec une facilité extraordinaire. Mais
lorsque Carpentier m’a ouvert la porte de M. Duchemin, je me suis dit : « Maintenant, je peux y aller », et
je n’ai plus rien refoulé. M. Duchemin s’est levé, j’ai dit : « Qu’est-ce qui se passe ? »
Il a commencé : « Voilà, Hélène, j’ai vu votre père ce matin, il m’a laissé ce petit mot. » Je n’avais
pas compris un mot de ce qu’il disait, et de ce qu’il continuait à dire (après, j’ai dû lui redemander tout),
mais j’avais réalisé qu’on était venu arrêter Papa. Je me suis aperçue soudain que je n’écoutais pas un mot de
ce qu’il disait. En entrant, j’avais été frappée de stupeur par sa figure. Je savais qu’il souffrait d’un eczéma,
mais il était vert, avec une barbe de deux jours ; il sentait à plein nez le Junoxol, Je compris tout de même
qu’il me ramenait à la maison en voiture, qu’il voulait prévenir Maman. Le papier aussi, je le retins. C’était
une feuille de papier Kuhlmann. Je me rappelle qu’il y avait même la date, neuf heures trente, 23 juin, et de
l’écriture nette de Papa : « Un inspecteur de police m’emmène rue de Greffulhe et de là au Service
allemand », puis une ligne séparée : « Je ne sais pourquoi. »

�En dessous : « Il se peut que ce ne soit pas pour arrestation ou internement. » « J’ai prévenu
Maire », et en bas : « Ma femme n’est pas prévenue, comme je ne connais pas l’issue de l’affaire.
Affectueusement et respectueusement. »
Je le vois encore, ce papier.
Puis M. Duchemin ferma son encrier, plia quelques papiers, et nous partîmes. En voiture, je suis
arrivée à reconstituer. Mais c’est surtout dans le récit qu’il fit à Maman ; à neuf heures et demie, quand il est
arrivé au bureau, il a trouvé là un inspecteur de police qui emmenait Papa. Papa ne pensait pas le voir, aussi
avait-il écrit ce mot.
J’étais dans une sorte de brume, je ne parlais pas. M. Duchemin essaya deux fois de rompre le
silence, en me demandant des nouvelles d’Yvonne, et en me félicitant pour mon diplôme. Il faisait un temps
splendide. Je ne comprenais plus très bien toute cette beauté de Paris par un matin de juin radieux. Il fait
toujours beau dans les catastrophes.
Lorsqu’il fallut monter les quatre étages, je me demandais comment j’allais prévenir Maman ; les
trois premiers, je les montai un à un, mais le dernier, je l’ai grimpé deux à deux, pour arriver d’abord – M.
Duchemin soufflait un peu – c’est Louise qui m’a ouvert, j’ai vaguement vu qu’elle était très étonnée de voir
M. Duchemin entrer sans que j’aie rien dit. Maman écrivait à son secrétaire au petit salon. Je suis entrée, et
j’ai dit : « Maman, M. Duchemin est là … je crois … que Papa a été arrêté… » Au même moment, M.
Duchemin entrait, et je n’avais plus rien à dire. Maman s’est levée brusquement. Puis ils se rassirent, et M.
Duchemin raconta toute l’histoire. C’est comme cela que je l’appris. Lorsque tout fut clair dans mon esprit,
j’allais prévenir Denise, qui travaillait son piano. Là, ce fut l’effet d’une bombe, Denise se dressa, je voulais
en finir au plus vite, je parlais presque par monosyllabes, je me rappelle qu’elle soupira ou gémit et que je
l’attrapai. Puis nous sommes entrées au petit salon.
M. Duchemin s’était levé pour partir. Maman est restée assise dans son fauteuil Elle se passait la
main sur le front en répétant : « Je ne sens rien, je ne sens rien. » Je connaissais cette impression-là.
Seulement, maintenant elle a réalisé, tandis que moi, je n’ai pas réalisé. Elle a téléphoné à Auntie Ger.
Vers midi et demi, le téléphone a sonné, c’était une voix d’homme inconnue. Nous avons tout de
suite compris : l’inspecteur de police qui avait arrêté Papa, j’ai décroché l’autre récepteur. Cela faisait un
effet étrange d’entendre raconter cette histoire par une voix étrangère. Cela la confirmait, lui donnait son
cachet d’authenticité. Jusque-là, cela n’aurait pu être qu’une chose qui nous appartenait, peut-être même
qui n’existait pas vraiment. A partir de ce moment, nous avons su qu’elle s’était vraiment passée. Il y avait
quelque chose d’irrémédiable.
L’inspecteur a affirmé que Papa aurait été relâché si son étoile avait été bien cousue, car
l’interrogatoire avenue Foch s’était bien passé. J’ai protesté. Maman aussi ; elle a expliqué qu’elle l’avait
installée à l’aide d’agrafes et de pressions pour pouvoir la mettre sur tous les costumes. L’autre a continué
d’affirmer que c’était cela qui avait causé l’internement : « Au camp de Drancy, elles sont cousues. » Alors,
cela nous a rappelé qu’il allait à Drancy.
(Berr, 2007, pp.73-76)

�</text>
                  </elementText>
                </elementTextContainer>
              </element>
            </elementContainer>
          </elementSet>
        </elementSetContainer>
      </file>
    </fileContainer>
    <itemType itemTypeId="1">
      <name>Text</name>
      <description>A resource consisting primarily of words for reading. Examples include books, letters, dissertations, poems, newspapers, articles, archives of mailing lists. Note that facsimiles or images of texts are still of the genre Text.</description>
    </itemType>
    <elementSetContainer>
      <elementSet elementSetId="1">
        <name>Dublin Core</name>
        <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
        <elementContainer>
          <element elementId="50">
            <name>Title</name>
            <description>A name given to the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="310">
                <text>Arrestation de Raymond Berr sur son lieu de travail.</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
          <element elementId="48">
            <name>Source</name>
            <description>A related resource from which the described resource is derived</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="311">
                <text>Journal d'Hélène Berr</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
          <element elementId="51">
            <name>Type</name>
            <description>The nature or genre of the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="3574">
                <text>Testimony</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
        </elementContainer>
      </elementSet>
    </elementSetContainer>
    <tagContainer>
      <tag tagId="4">
        <name>antisémitisme</name>
      </tag>
      <tag tagId="202">
        <name>arrestation</name>
      </tag>
      <tag tagId="134">
        <name>camps</name>
      </tag>
      <tag tagId="159">
        <name>Hélène Berr</name>
      </tag>
      <tag tagId="160">
        <name>police</name>
      </tag>
      <tag tagId="41">
        <name>prefecture</name>
      </tag>
      <tag tagId="198">
        <name>témoignage</name>
      </tag>
    </tagContainer>
  </item>
</itemContainer>
