RACHEL JEDINAK (née PSANKIEWICZ) *

Rachel Jedinak

Biographie

Enfance 

Rachel Jedinak, née Rachel Psankeiwicz, est née le 30 avril 1934 dans le 20ème arrondissement de Paris. Elle habitait avec son père, Abraham, sa mère, Chana, et sa soeur, Louise, qui avait cinq ans de plus qu'elle. Quand la guerre a été déclarée en 1939, son père s’est engagé volontaire dans le 2ème Bataillon de Marche des Étrangers. Démobilisé après l'armistice, il est rentré chez lui. Rachel n’avait que cinq ans. Cet automne-là, Rachel a commencé à aller à l'école dans un établissement pour filles, tout près de la maison.

Début de la guerre 

Le 14 mai 1941, Abraham Psankeiwicz a reçu le tristement célèbre billet vert le convoquant à se présenter à la caserne des Tourelles. Il a été interné au camp de Beaune-la-Rolande jusqu’à sa déportation 13 mois plus tard. Un oncle et un cousin de Rachel, Paul, y ont été internés aussi. Pendant l’internement de son père, Rachel, sa mère et sa soeur sont allées deux fois lui rendre visite. Sa mère le pressait de s'enfuir et de se cacher avec toute la famille, mais son père lui répondait que personne ne lui ferait rien. Il avait confiance dans le gouvernement français et voulait obéir aux ordres. Des années plus tard, en regardant des photos prises dans le camp sur lesquelles Abraham paraît amaigri, Rachel s'est rendu compte à quel point son père devait souffrir. Abraham a été déporté à Auschwitz par le convoi numéro 5 le 28 juin 1942 . 

En 1942, Rachel a commencé à remarquer le comportement antisémite de certaines personnes autour d'elle dont ses camarades de jeux. Elle a aussi constaté avec tristesse les restrictions qui lui étaient imposées sur les endroits où elle pouvait aller parce qu'elle était juive. Elle se regardait dans le miroir pour essayer de voir ce qui la différencier des autres, elle, l'enfant juive dont la famille n'était pas pratiquante.

Première évasion

La veille de la rafle du Vel d’Hiv, la mère de Rachel est restée dans l'appartement familial mais a emmené ses filles chez leurs grands-parents quelques rues plus loin. L'idée que l'on puisse arrêter des enfants ne lui avaient pas effleuré l'esprit. On pensait encore que les autorités n'arrêtaient que les hommes. Le 16 au matin, sur les révélations de la concierge, les policiers sont allés chercher Rachel et Louise. Ils les ont conduites au domicile parental où ils ont enjoint Chana, horrifiée, de préparer une valise. Les Juifs du quartier arrêtés ce jour-là ont été rassemblés dans les locaux de la Bellevilloise en attendant les bus pour les transporter au Vélodrome d'Hiver. Au milieu du chaos ambiant, Chana a ordonné à ses enfants de s'enfuir. Lorsqu'une porte s'est ouverte, elle a giflé sa fille pour la forcer à partir. Malgré son jeune âge, Rachel a compris très vite la signification de ce geste violent. Les deux soeurs se sont rendues chez leurs grands-parents.

Chana a été directement conduite à Drancy avec les adultes sans enfants. Elle y est restée jusqu’à 29 juillet 1942. Rachel et sa sœur sont alléea à Drancy deux fois pour tenter de la voir; Rachel avait 6 ans, et Louise en avait 10 à l’époque. La première fois, Louise dit avoir aperçu leur mère faire un geste leur disant de partir, mais Rachel ne l'a pas vue. La deuxième fois, Louise dit qu’elle a vu sa mère partir dans un bus. Leur mère a été déportée à Auschwitz par le convoi numéro 12. 

Deuxième évasion

Le 11 février 1943 a eu lieu la rafle dite des vieillards. Rachel, Louise et sa grand mère ont été emmenées au commissariat du 20ème arrondissement. Le grand-père handicapé a été laissé seul dans l'appartement. Rachel et Louise étaient les deux seules enfants enfermées dans le sous-sol. Elles ont profité de l'ouverture de la porte pour en sortir et alerter le public présent dans la salle d'attente. Sous la pression du public révolté, le commissaire les a fait raccompagner par un agent. Elles ont réussi à faire sortir leur grand-mère en échange d’une grosse somme d’argent. 

Après cet épisode, les 2 petites filles ont enchaîné les hébergements. Pendant une brève période, elles ont habité avec leur tante et leur oncle. Puis, Rachel est restée avec une famille catholique, mais elle était malheureuse. En janvier 1944, elle a reçu des papiers pour une fausse identité. Rachel Psankeiwicz est devenue Rolande Sannier et elle a déménagé à Château-Renault chez une nourrice. Cette dernière la maltraitait physiquement et émotionnellement. C’était une période perturbée pour Rachel qui n'avait que 8 ans.

Fin de la guerre

Les Américains sont arrivés. Rachel se souvient avoir parlé à un soldat, qui lui avait donné du chocolat et des chewing-gum, en yiddish. Elle est revenue à Paris où elle a retrouvé sa grand-mère et sa soeur. Son grand-père est mort peu de temps avant la fin de la guerre. 

Louise et Rachel se rendaient tous les jours à l'Hôtel Lutetia pour consulter les listes de déportés revenus des camps pour essayer d'y retrouver leur mère et leur père. Elles ont perdu 17 membres de leur famille qui habitait à Paris. De 1944 à 1948, Rachel est restée dans l’appartement de ses parents avec sa grand-mère. Elle a arrêté d’aller à l'école à l’âge de 14 ans. 

Louise s'est mariée en 1948 et a gardé l’appartement familial avec son mari. Rachel est devenue indépendante très jeune. Elle s’est mariée en 1955 à un ami d’enfance de ses cousins.

Plus tard

Quand elle avait 11 ans, Rachel a vu la première femme voter en France. Elle est devenue une féroce féministe, participant à des manifestations pour l'égalité des sexes. Elle a aussi participé dans des mouvements pour mettre fin aux changements climatiques. Surtout, elle participe à des initiatives dont l'objectif est de ne pas laisser la Shoah tomber dans l'oubli. Membre du Comité Tlemcen, Rachel a réussi à faire apposer des plaques avec les noms des enfants qui ont été déportés sur les écoles à travers Paris.

Dernièrement, elle a participé à l'inauguration de plaques portant les noms d'enfants déportés mais trop jeunes pour aller à l'école. Tous ses efforts montrent que chacun d'entre nous possède la capacité de changer le monde pour le mieux. Comme elle nous l'a dit, “maintenant, c’est à vous de prendre le relais.”

Rachel est l'autrice de Nous étions seulement des enfants publié en 2018.

Lieux

VIème arrondissement

HOTEL LUTETIA

45 Boulevard Raspail

XXème arrondissement

LA BELLEVILLOISE

19-21 rue Boyer

LA CASERNE DES TOURELLES

141 Boulevard Mortier

DOMICILE DE RACHEL

26 rue Duris

DOMICILE DES GRANDS-PARENTS

à l’angle de la rue deTlemcen et la rue Duris

DOMICILE DE PAUL ET MAURICE PSANKIEWICZ

71 rue des Amandiers

ECOLE ELEMENTAIRE

9 rue de Tlemcen

SQUARE SEVERINE

7 rue Le Vau

 

Carte

Cette carte localise quelques endroits importants de l'histoire personnelle de Rachel. Ces endroits sont principalement situés dans le 20ème arrondissement. 

Nous avons indiqué ces endroits en rouge, la couleur préférée de Rachel. Elle peut aussi être un clin d'oeil au passé communiste du quartier.  

Notre Rencontre

Sur la photo (de gauche à droite): Alejandra Bahena, Dori Domi, Rachel Jedinak, Sarabeth Davis, et Ashley Sniffen le 7 janvier 2020 

Rachel (rendez-vous a Paris)

Lors de notre voyage à Paris, notre groupe a eu l'honneur de rencontrer Rachel dans un café et ce fut, sans aucun doute, notre souvenir préféré du voyage. Nous avons pu lui parler de son histoire et discuter de notre projet de cartographie mémorielle. Tout au long de notre longue conversation de 3 heures, elle nous a décrit sa détermination de vivre quelque soit les défis auxquels elle était confrontée, sa passion d'apprendre - elle aime dire qu'elle est une éternelle étudiante-  et son engagement à toujours lutter pour ce en quoi elle croit, encore aujourd'hui. Sa sagesse et sa résilience inégalées nous rappellent à quel point nous sommes chanceuses et honorées de pouvoir documenter son histoire.

Pour plus d'informations

Si vous souhaitez accéder à plus d'informations, nous avons inclus quelques vidéos sur l'histoire de Rachel. Cliquez sur les images ci-dessous et vous serez redirigés vers les vidéos.

Biography (English)

Context

Rachel Jedinak, born Rachel Psankeiwicz, was born on April 30th 1934 in the 20th arrondissement of Paris. She lived with her father, Abraham, her mother, Chana, and her sister, Louise, who was five years older than Rachel. When the war was declared in 1939, Rachel’s father enlisted voluntarily in the 2nd Battalion de Marche des Étrangers of France, but he was decommissioned and returned home not long after. Rachel was a mere five years old. During this time, Rachel began in an elementary school for girls located close to her house.

Start of war

On May 14, 1941, Abraham Psankeiwicz received the notorious “billet vert” and reported to the commissary. He was subsequently interned at Beaune-la-Rolande camp, where he stayed for three months until his eventual deportation. Other members of Rachel’s family, her uncle and her cousin, Paul, were also interned at Beaune-la-Rolande. During Abraham’s internment,  Rachel went twice to visit her father along with her mother and sister. Her mother wanted to escape and put the entire family in hiding, but her father believed that women and children were protected. He trusted that his country would do no harm to his family, believed in the French government, and wanted to find orders. Looking back from a present day perspective, Rachel understands just how much her father suffered, something she could not quite grasp at the time. Abraham was deported on the convoy #5 on June 28th 1942 to Auschwitz. 

In 1942 Rachel began to notice anti-Semitic behavior from people around her and more restrictions on where she could go, even though she was only a child who lived in a Jewish neighborhood and was not at all religious. She wondered why she was different from the others, would look at herself in the mirror like a child trying to discern how "Jewish" made her different from the others.

First escape

During the Vel d'Hiv roundup, Rachel’s mother stayed at the family apartment. However, Rachel and her sister stayed with their grandparents. Policemen came for the girls and brought them to their mother in the Vel d'Hiv roundup on July 16, 1942. In the midst of the chaos of Vel d'Hiv, Rachel's mother hit Louise to shock her and make them flee girls by the door. Despite her young age, Rachel quickly understood the significance of the blow, and the police allowed them to escape.

From the Vel d'Hiv rally, Rachel's mother was deported directly to Drancy and remained there until July 29, 1942. Rachel and her sister went to Drancy twice to visit their mother; Rachel was 6, and Louise was 10 at the time. The first time they went, Louise said that her mother made a gesture telling them to leave, but Rachel never saw that gesture. The second time, Louise says she saw her mother go on a bus. Their mother was deported to Auschwitz on convoy number 12.

Meanwhile, Rachel and Louise went to their grandparents' apartment. Rachel recounts once when a Nazi knocked on the door and everyone hid while she opened it. She was 9 years old at the time and repeated in French that she was incredibly scared. The soldier left her alone.

Second Escape

February 11, 1943 was the roundup of the elderly. Rachel, Louise and her grandmother were taken to the police station in the 20th arrondissement. Rachel and Louise were the only 2 children in the basement and they spoke with the superintendent who complained and let them go. They returned to the grandparents accompanied by an agent and her grandfather was already there, because he was too sick to be taken away for the roundup. They managed to get the grandmother out also in exchange for a large sum of money.

Afterwards, the girls moved around a lot to live in various places. For a brief period, they stayed with their aunt and uncle. Then Rachel stayed with a Catholic family, but she was very unhappy. In January 1944, she received papers for a false identity. Rachel Psankeiwicz became Rolande Sannier and she moved to Château-Renault with a nanny. Her relationship with the nurse was bad, because the nurse abused her physically and emotionally. It was a time of turmoil and upheaval for Rachel, who was only 8 years old.

End of war

At the end of the war, the Americans arrived. Rachel recalls speaking to a Yiddish soldier who gave her chocolate and chewing gum. Rachel finally returned to school.

Louise and Rachel would go to the Lutetia Hotel to see the lists of the deportees who returned trying to find their mother and father. The girls lost 17 family members in Paris. From 1944 to 1948, Rachel stayed at her parents' apartment with her grandmother. She stopped going to school at the age of 14.

Louise was married in 1948 and stayed in the family apartment (on Denis Street) with her husband. Rachel could not live with them, so Louise sent her to Belgium.

Later, Louise went to Israel, and Rachel joined him. However, when she got there, Louise said she was going back to France. Rachel stayed in a village in Haifa and worked in Tel Aviv.

She decided to return to France to a town called Bourges, where she lived in the house of her uncle and aunt on the rue de Lancy. Rachel married in 1955 to a childhood friend of her cousins.

Later life

Later in her life, Rachel Jedinak became a social justice advocate. When she was 11 years old, she saw the first woman to vote in France. She became a fierce feminist, participating in demonstrations for equality. Additionally, she participated in movements to end climate change. She also took initiatives for the Jewish community.

After 23 years of advocacy, Rachel has managed to put up signs everywhere in Paris by showing the importance of the places during the Holocaust. For example, schools in Paris have plaques with the names of children who have been deported.

Also, many parks in Paris have plaques with the names of children who are deported but too young to go to school. Rachel has always been very open and progressive. Her efforts show that each person has the ability to change the world for the better. As she said, "Now it's your turn to take over."

Travail réalisé par Alejandra Bahena, Sarabeth Davis, Dorina Domi et Ashley Sniffen en janvier 2020.

RACHEL JEDINAK (née PSANKIEWICZ) *